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Archive for janvier 2010

Contrer la solitude

Le plus dur depuis que je suis seul à nouveau, c’est sans doute le lancinant sentiment d’isolement, l’ironique poids de ma viduité malsaine. J’ai hâte d’en finir avec ça, que mon esprit redevienne finalement limpide.

Le sexe me manque, c’est sur. Je l’écris et je me sens un peu con. Mais oui, il me manque. Après quatre ans de relations fréquentes, de sensuelles et continuelles palpations, le début de carême charnel m’indispose, il y a ce froid crispant qui m’habite.

Mais au-delà de ces soucis libidineux, je sais pas, il y a un truc un peu plus viscéral. Il y a ce petit pincement qui accompagne le fait de souper en étant attablé seul, ce serrement qui m’empêche de bien dormir dans mon grand lit glacé une fois la nuit tombée.

Et pour pallier à ça, j’essaie d’être le moins seul possible. Constamment à tendre des perches pour sortir, j’appelle mes plus lointains amis ou connaissances avec un succès plutôt mitigé. Hier soir, je me suis ramassé à un sacrament d’hommage à Metallica pour ne pas être seul. Ce soir, je ne me suis pas senti la force d’aller écouter la série Québec-Montréal chez un ami de CEGEP juste pour ne pas être seul.

Alors je découvre lentement la blogosphère tout en regardant des tutorials de guitare. Parce que l’objectif 3, c’est comme si c’était dans la poche.

Sonnerie du samedi

J’ai quelques certitudes dans la vie. Le Canadien ne gagnera pas la coupe cette année, je vais payer des impôts toute ma vie et quand le téléphone sonne un samedi matin à 7h30, c’est ma mère.

Ainsi, quand j’ai été extirpé cavalièrement de mon sommeil frelaté par la sonnerie stridente de mon cellulaire tôt ce matin, je savais que c’était ma mère à l’autre bout de la ligne. J’ai donc débuté ma journée en grommelant des banalités à ma mère qui souhaitait bien plus me parler de sa vie que s’enquérir de la mienne. Lorsqu’elle m’a demandé comment allait Julie, je lui ai dit qu’elle allait bien, qu’elle dormait juste à côté. Parce que c’était plus simple, parce que je n’avais pas le gout de m’expliquer, parce que je n’avais pas le goût d’endurer son faux ton attristé.

Mes parents sont sans doute les deux seules personnes avec qui je m’efforce d’entretenir une relation même si celle-ci me déplaît. Autrement, je suis assez minimaliste en ce qui a trait à la bienfaisance sociale, préférant me concentrer sur les gens que j’apprécie.

Le fardeau des liens familiaux m’a toujours pesé, étant fondamentalement différent de ma famille. J’ai passé toute ma jeunesse ailleurs, toujours à manger ou coucher chez mes amis, fuyant un domicile étranger.

Ma mère tripe New Age, toujours à lire ses bouquins de croissance personnelle, à assister à des conférences ésotériques, à offrir des séances de psycho-pop médiocres à son entourage sans jamais que son aide ne soit demandée. Elle fait du bénévolat un peu partout, sert dans les soupes populaires, visite de vieilles dames dans des foyers pour personnes âgées. Elle est toujours ailleurs à tenter d’aider. Ironiquement, c’est sans doute mon père qui bénéficierait le plus de son aide.

Mon père a quitté l’école à 18 ans, forcé de trouver un boulot dans une usine pour payer le loyer qui servirait à abriter ma mère alors enceinte à 16 ans de mon frère plus vieux. Je suis né quatre ans plus tard. D’aussi loin que je me souvienne, mon père a toujours trop bu, enlignant quelques bières au souper, une fois de retour du boulot, puis continuant à boire, échoué sur le divan à regarder béatement la télévision. Parfois, trop souvent, il sortait de sa torpeur et décidait de nous éduquer. Très peu pédagogue, mon père se disait qu’une petite fessée une fois de temps en temps suffirait bien à nous tenir sur le droit chemin.

Et puis il y a mon frère. Nous avons été très proches durant notre jeunesse. Puis ça a changé. Le genre de changement si soudain que même quelques années plus tard, il demeure difficile à expliquer. Il y a eu des évènements, c’est sur. Mais je ne sais pas, je trouve la nature humaine bien faible de permettre la scission de lien aussi facilement. J’en parlerai peut-être un jour.

Alors voilà, rapidement je me suis dissocié de ces gens avec qui je n’avais en commun qu’un bête lien de sang, lien dont on galvaude si souvent la valeur. Je n’ai pas l’impression d’avoir un si grand manque. Le fait d’avoir toujours évolué en parallèle dans un cocon hermétique à travers cet infect nid familial m’a sans doute rendu plus fort. Du moins, ça a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Et puis ça, je crois que c’est un truc bien.

Catégories :Entourage

Vendredi vide

janvier 29, 2010 1 commentaire

C’est vendredi et je ne fais rien. Enfin, j’écris ici. Ce qui, il faut l’avouer, n’est pas grand chose. Je ne sais d’ailleurs pas trop ce que je fais à écrire ici. C’est vendredi soir, les bars doivent se remplir graduellement, il doit y avoir un ou deux spectacles dignes de mention en ville, des nouveaux films à voir au Clap et moi j’écris sur ce blogue, ce truc à utilité douteuse, cette merde que personne ne croit bon visiter.

J’ai pris un bain en arrivant du boulot et depuis, j’erre dans l’appartement en boxer, vidant mes réserves hétérogènes de bières, restants de diverses caisses non terminées. J’engloutis les rousses, blondes et blanches sans discrimination, trop mal pris pour me permettre ce luxe.

Je sais que je me suis donné pour objectif d’écrire pendant un an. Je ne sais pas si ce sera ici, sous quelle forme, où est-ce que je m’en vais, je suis le plus indécis des scribouilleurs. Mais je sais que ce soir, tandis que mon esprit s’embrume lentement, ça me fait du bien d’écrire, d’avoir l’impression d’avoir une avenue pour mettre un peu d’ordre dans ce tourbillon épars qu’est mon esprit a quelque chose d’apaisant.

Et tandis que j’ai le coude un peu plus tremblant à chaque fois que je le lève et que 110% commence à la télévision, les mots m’échappent lentement, leur présence toujours plus sporadique alors que mon sang tend vers l’éthylique.

J’arrête donc d’écrire pour ce soir, espérant qu’un jour, je n’aurai plus ce curieux sentiment de converser au néant.

Objectif 3 : Apprendre la guitare

janvier 28, 2010 1 commentaire

Pourquoi? Je sais pas moi. Pour Leloup, pour Neil Young, pour Simon and Garfunkel, pour Cat Stevens, pour R.E.M., pour Clapton ou Page, pour John et Paul, un peu pour Georges aussi, mais pas pour Ringo, pas question. Pour me faire sucer après des feux de camp, pour pouvoir gratter quand je me sens seul le samedi après-midi, juste parce que ça sonne bien en crisse de la guitare acoustique.

Au secondaire, je jouais de la clarinette et j’étais dans l’harmonie de l’école. Si la virilité de souffler dans un objet tout phallique est discutable, il n’en demeure pas moins que j’aimais jouer de la musique. Le montage de l’instrument, l’humidification méticuleuse de la hanche de bois, les premières gammes un peu chambranlantes puis ce sentiment de pouvoir faire jaillir des mélodies de son corps, il y avait là quelque chose que j’aimais, un rituel que j’ai perdu.

En ce début d’année où j’érige un château de cartes d’objectifs, insouciant devant la fragilité de ma motivation et nihiliste devant mon historique d’échecs, je me lance dans la guitare. Pour l’instant, c’est embryonnaire. Je regarde des tutorials sur Youtube, je dresse une liste sommaire de quelques chansons qui m’apparaissent comme facile et que je voudrais maîtriser, je lis quelques articles sur l’achat d’une première guitare en naviguant sur Ebay.

J’appréhende un peu la discipline nécessaire, aspect qui m’a toujours manqué dans ma vie un peu brouillonne. Je vois à l’avance ma dextérité manuelle limitée me nuire, le manque de corne me faire souffrir, le découragement dû aux multiples fausses notes à venir. Mais je vois aussi le plaisir d’avoir rajouté une chanson à mon arc, la joie d’avoir maitrisé un nouvel accord, la jouissance de pouvoir murmurer un peu d’Oasis en m’accompagnant avec une six cordes.

C’est un peu comme ça pour tous mes objectifs, je suis toujours déchiré à cause de la dichotomie entre le chemin à parcourir et la récompense, esclave des aléas de mes tergiversations. Mais c’est aussi ce qui rend ma vie excitante, ce potentiel que je me crois posséder, cette impression que lorsque tout s’enclenchera, il se produira quelque chose de substantiel.

En attendant le déluge de réalisation, je vais aller me balader un peu en écoutant du Ray Lamontagne, question de m’inspirer un peu.

Catégories :Objectif 3

Objectif 2: Changer d’emploi

Je hais mon job. Impossible que je sois le seul, les emplois stimulants me semblant si rares. Quand je me lève le matin et que je me retrouve à geler dans ma voiture en étant prisonnier du traffic dense de la horde de travailleurs dociles, que je vois la quantité de gens qui se rendent travailler, le regard vide, le teint morose, seul dans leurs grandes voitures, je dois me retenir de songer au malheur ambiant, je trouve ça trop déprimant.

Moi, mon travail, c’est d’entrer des chiffres dans un ordinateur, de mettre à jour des fichiers Excel. À journée longue, j’enfonce méthodiquement les touches de mon num pad, mettant à jour des données hebdomadaires ou mensuelles sans broncher, m’évadant grâce à la musique de mon iPod.

Je suis un bon employé, généralement arrivé tôt, souvent propre, parfois même rasé. Je remplis mes mandats plus rapidement que les délais archaïques qu’on me donne, je suis poli avec tout le monde, évitant de faire des vagues. Je paie ma cotisation au club social même si j’en ai rien à foutre des pièces de théâtre d’été à rabais ou des tirages de paniers de mousses de bain. Et quand tout ça me semble insupportable, je pense au bond que fait mon compte le jeudi à minuit et une et je me retrouve une petite motivation.

Parce que c’est l’argent qui régit ma présence à ce lieu de travail moribond. Lorsque j’ai décidé d’abandonner mon cours d’études littéraires, j’avais un petit boulot, soirs et fin de semaine, salaire minimaliste. J’ai réussi à passer une période de temps en continuant de la sorte, en me quêtant un maximum de travail les soirs de semaine et en grugeant lentement sur les 10 dollars que m’avait donnés mon voisinage pour tondre des pelouses ou babysitter des petits monstres.

Sauf que les réserves ont fini par s’épuiser. Heureusement, une lointaine tante est arrivée en salvatrice et a réussi à me dénicher l’emploi que j’occupe encore aujourd’hui. 21 dollars de l’heure pour, grossièrement, de la saisie de données. Des horaires stables de 37,5 heures, une belle chaise ergonomique et une permanence sur un plateau d’argent, tout pour faire saliver le paumé que j’étais à l’époque.

J’ai donc pu quitter le contraignant nid familial et remplacer ma voiture qui était alors en état lamentable. Ivre de cette nouvelle liberté, il avait alors été facile de faire abstraction de l’abrutissement quotidien auquel je me soumettais avec docilité. Puis le fardeau de la routine m’a rattrapé, comme il le fait toujours, avec une violence inouïe.

Aujourd’hui, ça doit bien faire 18 mois qu’il m’est pénible de me lever, que je regarde l’heure aux trois minutes, que j’ai plafonné au démineur et à la dame de pique. Si pendant un moment, le fait de ne pas avoir d’alternative ni même d’envie de faire quoi que ce soit me restreignait dans mes envies de tout crisser là, cela ne suffit vraiment plus.

Je ne sais pas encore ce que je ferai, ni même comment je subviendrai à mes besoins sauf que je sais pertinemment que mes jours à la saisie de données sont comptés. Enfin, c’est ce que je me dis quand je me fais accroire que je suis courageux ou même seulement téméraire. Sauf que les illusions, comme un peu tout dans ma vie, durent trop peu longtemps.

Catégories :Objectif 2

Benoit zé Michaël

La sonnerie de la porte d’entrée a retenti vers 6h30. Sans que je n’aie pu me lever, on pénétrait dans l’appartement et un délicieux arôme de pizza envahissait l’air ambiant, faisant gronder de famine mon ventre qui s’impatientait déjà depuis le milieu de l’après-midi. J’arrivais dans l’entrée que Ben et Michael avait déjà eu tôt fait de retirer leurs souliers et de lancer leurs manteaux gauchement sur la patère. Ben me refilait la garnie tandis que Mike ouvrait déjà la 24.

Ben et Mike sont les seuls amis que j’ai conservés toute ma vie. J’ai rencontré Mike à la maternelle, nous avions tous les deux des souliers à velcros et étions toujours les premiers sortis pour la récréation, c’était donc un naturel. Puis Ben, c’était en 2e année. Il collectionnait les cartes de Wayne Gretzky, j’accumulais celles de Mario Lemieux, nous avions mis nos avoirs en commun et avions prospecté avec succès auprès de nos comparses collectionneurs moins avertis.

C’est avec eux que j’ai joué au hockey dans la rue durant mon enfance, avec eux que j’ai découvert la musique, en téléchargeant sur Napster sur l’ordi du père à Mike qui lui téléchargeait de la porn sans être apte à effacer ses traces, que j’ai vu mon premier show de musique (Sum 41), que j’ai coté toutes les filles du secondaire des nuits durant dans la tente que l’on piquait dans l’arrière cour de Ben,  que j’ai vu mon premier match au Centre Bell. Enfin, vous voyez le portrait.

Ça faisait un petit bout que je ne les avais pas vus. Mais ce soir, le Canadiens affrontait les Panthers de la Floride et nous avions décidé de regarder le match dans mon salon en profitant de ma grande télévision HD.

Nous étions donc au salon à regarder les gars patiner, se disputer la rondelle avec une intensité variable, à boire de la bière et à manger de la pizza. Nous étions là, trois bienheureux vaporeux, lorsque Mike lança avec détachement :

–          Faque Julie est pu là?

–          Non.

–          Tsé Jay, on…

–          Ouais, j’sais… Merci.

Et ce fut tout. Une dizaine de mots qui me demandaient comment j’allais, qui confirmaient que tous trouvaient ça triste, qui me disaient que mes chummys seraient là si je me sentais comme un tas de marde. S’il y a des images qui valent mille mots, il y a de ces mots qui en valent des milliers.

Le match a été ordinaire, les Canadiens ont perdu. Seul moment de réjouissance, le but de Thomas Plekanec que nous avons célébrer avec un peu trop d’entrain, en se faisant des high fives de gars un peu saouls. Puis les gars sont repartis en promettant de revenir bien vite, en me serrant la main un peu plus fort qu’à l’habitude. Et moi je dégrise lentement en tapant ces quelques mots, le son de mes doigts pianotant résonnant fort dans l’appartement à nouveau désert.

Catégories :Entourage

Objectif 1 : Laisser ma blonde

janvier 25, 2010 4 commentaires

Je n’avais jamais fait ça. Enfin, jamais sérieusement. Il y avait eu cette fille à qui j’avais appris cavalièrement sur MSN que ça ne fonctionnait pas après quelques mois. J’étais jeune, à ma difficile décharge. Il y en a eu deux ou trois où je distançais les appels, pour finalement ne plus prendre contact. Je me suis fait larguer aussi, deux fois.

Il y a eu Myriam qui est virée aux demoiselles juste après, j’en ai eu pour des semaines à me tourmenter. Puis Raphaëlle, qui m’avait annoncé attablée avec toute ma famille qu’elle en avait assez de mon sarcasme, ma nonchalance et mes goûts bizarres. Elle avait quitté théâtralement et j’avais mangé son assiette. Peiné de même le gars.

Il y a aussi eu tonnes d’amourettes et de relation sans sérieux qui n’ont même pas requis de terminaison. À vrai dire, ça n’avait jamais été sérieux avant Julie. Je n’avais jamais eu le goût de m’engager, j’avais toujours un plan B et un plan C d’à peine dissimulés, butinant au grand jour, toujours stratégique sur l’épineux échiquier de la copulation.

C’est donc étrange de mettre fin à tout ça après quatre années. Pour une rare fois, dans les derniers jours, j’ai senti mon flegme habituel vaciller. Si la dernière année avait marqué un lent mais certain déclin, les trois années antérieures avaient été fertiles. L’amour dure trois ans que vous dirait Beigbeder.

Pour ma part, j’ai l’impression de l’avoir réalisé tout d’un coup. Un soir, tu te couches après une soirée torride et romantique et tu te réveilles le lendemain pour découvrir une relation devenue fardeau. La routine avait mis en évidence ses défauts dont les contrecoups outrepassaient désormais tout le charme que j’avais pu voir autrefois. Nous étions amoureux, toujours ensemble, la cohabitation désagrégeant les assises friables de l’ivresse passionnée faite de roses, d’alexandrins gribouillés et de sucre à glacer. La ferveur nous avait condamnés, l’amour tue l’amour.

Je sais bien que j’ai l’air du gros romantique dégueulasse que je suis. À dire vrai, j’étais un peu seul dans mon monde, Julie se contre-calissant un peu de mes archaïsmes sentimentaux. N’en demeure pas moins qu’il y a quelque chose d’un peu décourageant de réaliser qu’il existe une espèce de fatalité, l’ombre de l’imminence du blasement étant omniprésente.

C’est donc autant ce constat que le fait de faire souffrir quelqu’un que j’ai fortement apprécié qui rendait tout ça si ardu. C’est fait depuis 2 jours et je réalise un peu plus aujourd’hui. C’est un sentiment étrange. Comme si le fait d’avoir enlevé un aussi lourd fardeau de mes épaules avait créé un vide.

Catégories :Objectif 1