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Archive for mars 2010

Questionnement du jour

Il y a un mec sur l’étage, on se croise parfois au toilette. Il entre dans la salle de bain et ignore cavalièrement les urinoirs pourtant vaquants et il entre dans une cabine où il urine debout, le contact de sa pisse tombant de haut et l’eau produisant un bruit fort et clair. Après s’être délesté la vessie, je l’entend prendre du papier de toilette pour essuyer le bol sans doute victime d’éclats d’urée. Il tire ensuite la chasse et part sans se laver les mains. Pourquoi il ne pisse pas dans les urinoirs, pourquoi?

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Catégories :Anecdote

Wireless invitation

Anna m’a dit fonce, esti. Faque j »ai fait un move en début de soirée. Je me sentais tout prépubère à tergiverser avant d’appuyer sur enter. Caféducoinvend19h.

Yetaittemps qu’elle a répondu.

Catégories :La fille au routeur

Le confort inconfortable

Je crois vous en avoir déjà glissé un mot, j’en viens à ne plus savoir ce dont je vous ai causé. C’est un gars avec qui je travaille, Daniel qu’il s’appelle. Il doit avoir 45 ans, les cheveux grisonnants et les yeux ébène. C’est assurément celui qui parle le moins dans l’équipe et c’est pourtant celui avec qui je jase le plus.

Ça doit faire au moins 20 ans qu’il travaille là. Je lui ai demandé une fois depuis combien de temps, il m’a répondu « trop » et j’ai fermé ma gueule. C’est un des trucs que j’aime de Dan, il donne le goût de se fermer la gueule par respect, un peu comme mon grand-père quand je lui parlais des p’tites filles et des profs un peu idiots et qu’il me disait « jeune homme… ».

Daniel n’a pas terminé son CEGEP. Il m’a dit une fois que plus jeune, tout ce qui comptait c’était de jouer de la basse dans son band, coucher avec la plus belle fille possible et gagner assez d’argent pour payer la bière. Mais il ne m’en parle pas trop souvent. On parle plutôt de littérature, de musique, de politique, de voyage, de famille, de mort.

Je l’aime aussi pour les regards qu’on se jette quand quelqu’un dit une stupidité dans les meetings. Pour ses anecdotes de Pink Floyd au Stade en 1994, pour ses yeux brillants quand il me parle de sa petite fille, pour sa façon de dire sacrament quand son ordinateur plante, pour son intelligence brute qui me bouscule si souvent.

On se parle un peu moins régulièrement depuis que je ne fume plus. On allait toujours prendre nos pauses ensemble sauf que là, trop souvent, je suis trop lâche pour enfiler mon manteau et descendre de 10 étages pour aller au froid dehors. Mais aujourd’hui, je me suis forcé un peu, il a eu un petit sourire quand je l’ai suivi au vestiaire, je pense qu’il croyait que j’avais recommencé à fumer. Il m’a invité à venir prendre un verre chez lui ce soir, entre deux puffs, pis j’ai dit oui, j’avais le goût crime.

J’ai donc sauté dans mon jadis rutilant véhicule peu après mon souper et j’ai traversé la barrière psychologique st-laurentienne pour me rendre au petit bungalow où mon vénérable collègue réside. J’ai garé rapidement ma voiture avec une maladresse empruntant à la nonchalance puis j’ai sonné à la porte, bizarrement stressé.

Je suis rentré et sa femme m’a dit « Bonjour Jérôme » et j’ai su d’instinct qu’elle me connaissait plus que je ne la connaissais, que Dan devait bien lui parlé de moi et pis ciboire, je sais pas, ça m’a fait de quoi.

Il m’a présenté sa petite en lui ébouriffant les cheveux et fuck que j’ai trouvé ça beau, comme une moumoune. On est ensuite descendu au sous-sol, il a mis les Doors dans son tourne-disque et la voix grave de Jim a retenti dans ses vieux haut-parleurs. Il nous a versé un Jack sans que je ne dise mot et on s’est assis.

Il m’a parlé un peu plus de sa vie. De son père qui avait décidé qu’à 23 ans, il était temps qu’il sacre son camp de la maison, qu’importe qu’il ait un emploi ou un plan de vie. Il avait fini par trouver l’emploi qu’il a là, une annonce dans le journal promettant un salaire honnête, il n’en avait pas fallu plus. Les pages du journal auraient pu être collées, il aurait pu décider de parcourir une autre colonne de petites annonces, ou de regarder un autre jour. Ça vie complète aurait été tout autre. Ça me fait capoter quand je pense à des choses comme ça.

Il m’a aussi parlé du confort inconfortable. La peur qu’ils disent, aussi. De l’hypothèque et de la petite, du temps qui passe trop vite quand on le tient pour acquis, des regrets et remords, des coïts sans cesse interrompus que sont ces demis réalisations au gout typiquement amer des et-si.

Et puis il est devenu super solennel soudainement :

« M’a te dire le jeune, à chaque matin que tu rentres pas, j’suis tout seul dans mon bureau pis j’espère. J’espère criss que le lendemain tu ne seras pas là non plus. Pis l’autre d’après non plus. Pis j’espère que t’appelles pas, que t’ailles enfin décidé de tout calicer ça là sans rien dire à personne. Un jour hein p’têtre? »

J’ai avalé de travers mon Jack et je suis devenu un peu plus silencieux. On est resté un moment comme ça, perdus chacun dans nos pensées respectives à se laisser bercer par le son riche qui émanait du tourne-disque. Et puis il a fini par se faire tard, j’ai calé ce qu’il me restait d’alcool et j’ai remercié 100 fois Daniel et sa femme pour leur hospitalité.

Puis je m’en suis allé, en refermant doucement la porte. Dehors, la nuit était froide et dense, le silence était quant à lui introublé. J’ai fait démarrer ma voiture doucement et j’ai quitté. J’avais cette curieuse impression en quittant les lieux d’être à cheval entre mon présent et mon futur potentiel. Et suspendu dans cette zone temporelle grise, j’ai décidé que bientôt, je m’en irais sans rien dire à personne.

Catégories :Entourage, Objectif 2

L’Alfred de Musset des estis d’pauvres

Onirique demoiselle aux charmes démesurés,
Ne voyez-vous guère que je suis ensorcelé?

Fustigez tant que vous voulez mon insolence,
Objurguez ma passion qui emprunte à la démence,
Une dure remontrance n’y changerait rien,
Robuste pour toujours est cet amour mien.
Réduit au silence par cet émoi dont vous êtes source,
Ecrire pour vous ces vers est ma seule ressource.

Timidement je me risque donc à cet acrostiche douteux,
Un peu gêné de mes pulsions de petit vicieux.
?

Catégories :Drunk stuff

De ces liens bizarres

Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant. Je parcourais les blogues tenus par des journalistes ou chroniqueurs, Lagacé, Martineau, Facal, Desjardins et je regardais ça aller, les commentaires, les insurgés chroniques et les Capitaine Obvious. Je me demandais bien de quoi tout ça aurait l’air pour un petit truc personnel comme ici.

Le premier mail est arrivé comme une surprise. Des mots bien gentils pour revigorer mon esprit un peu trouble. Je ne savais trop quoi répondre, inhabile et pataud, j’ai répliqué quelques banalités molles.

Il y a des gens qui m’ont donné des conseils pour la course. J’essaie de vous suivre comme je peux, je trouve ça vraiment sensass que des gens voient l’attrait de m’écrire deux ou trois mots pour parler de ça. Il y a ceux aussi qui ont arrêté de fumer. Ceux qui m’ont parlé de leurs expériences par mail, juste pour me rappeler, comme ça, que c’était possible.

Il y a la fille qui a décidé de se faire sa propre mini Opération Reboot. J’en ai eu pour une semaine à me dire « fuck, c’est hot ». On s’écrit une fois de temps en temps, on se suit et s’encourage. Je la salue.

Quelques personnes m’ont ajouté sur Facebook. J’adore jaser jusqu’à tard dans la nuit même si l’ostie de chat n’est pas très user friendly et que le petit son « pop » signifiant un nouveau message me rend agressif.

Je trouve ça vraiment cool de fouiller un peu plus chaque jour parmi les blogues. C’est étrange, cette communauté tissée bizarrement, ces gens tous un peu solitaire qui prennent du temps quotidiennement pour écrire et se lire, se connaitre sans vraiment se connaitre. J’ai l’impression que certaines personnes qui lisent parfois ici finissent par en savoir plus sur moi que bien des gens dans mon entourage. Et vice-versa. Ça crée des liens particuliers. Comme si intimité et cybernétique n’étaient plus mutuellement exclusifs.

Catégories :Uncategorized

Réponse

Elle a répondu oui. Pas ouitoi. Pas ouitoi comme dans je le sais déjà que t’es célibataire ou pas ouitoi comme dans je m’en calisse ben? Je sais pas.

Catégories :La fille au routeur

Wireless Romance

C’est le genre d’histoire dont il est difficile d’identifier où ça commence. J’veux dire, r’gardez. J’ai acheté mon routeur sans fil il y a deux ans peut-être, en même temps que mon portable, c’est toujours comme ça. Et puis là, savez comment c’est, j’ai inséré le cd d’installation et j’ai suivi un peu béatement les indications qu’on me donnait, espérant fort fort que tout fonctionnerait avec fluidité. Il y avait une étape où il fallait écrire le nom du réseau. Salutcava que j’ai écrit, comme ça, sans m’attendre à quoi que ce soit. Et puis il y a deux semaines, j’ai vu une réponse. Bienettoi.

Voyez ce que je veux dire, si on était au secondaire, qu’il fallait écrire le qui-quoi-quand-où-comment en introduction, on commence où? Il y a deux ans ou il y a trois semaines? Je sais juste que je commencerais surement avec « depuis la nuit des temps » ou encore « De mémoire d’homme.. », parce que c’était toujours un esti de hit auprès des vieilles profs de 60 ans quand tu commençais avec ça. Et il y aurait des péripéties. Un feu roulant de péripéties.

Comme quand j’ai demandé aSv et qu’elle a répondu 22fqc. Ou quand sa connexion s’appelait auteurfavori, je le sais jamais, j’ai écrit Dostoievski et elle a écrit jpensejtaime. Il y a eu groupefavori, livrefavori, filmfavori. Il y a eu « job » aussi. Elle a répondu etudiantetoi. J’ai eu le gout de répondre loquehumaine, j’ai écrit bureaucrate.

Je ne suis pas certain de qui il s’agit. Depuis deux semaines, je surveille les allers et venues des locataires du bloc. Il y a deux filles dans le début vingtaine qui cadreraient au profil de la fille du routeur, je n’arrive pas à cerner c’est laquelle.

Puis hier soir, je suis rentré chez moi un peu pompette. Je suis allé jouer dans mes settings de réseau comme j’en ai désormais l’habitude. Et sans trop savoir pourquoi, j’ai écrit estucelib. Pas longtemps après, je suis tombé endormi, ronflant et fort aise. Je m’en suis rappelé ce matin en me levant.

Et là je refresh la liste des réseaux disponibles à toutes les deux minutes comme un gros colon. Rien ne change, son réseau s’appelle toujours philosophie, comme dans j’étudie en philo. Je tergiverse comme un gamin, à me demander si elle l’a vu, ce qu’elle va répondre. C’est con mais je serais déçu qu’elle réponde non, sans même savoir de qui il s’agit vraiment.

Je suis là et j’attends qu’il se passe de quoi sans trop savoir si tout ceci aura une conclusion satisfaisante. Et ce qui est moche, c’est que le meilleur qui-quoi-quand-où-comment du monde ne suffit pas à rattraper une piètre fin. C’est souvent ce que je me dis quand je songe à cette jeunesse pleine de promesses qui était mienne et ma vie d’aujourd’hui.

Refresh. Damn, toujours rien.

Catégories :La fille au routeur