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Archive for mai 2010

The time is now

En tant que jeune bambin de 25 ans, j’avais l’âge vénérable de 8 ans lorsque le Canadien de Montréal a gagné sa dernière coupe Stanley en 1993. Résident la pittoresque région de Québec, je suivais alors disparatement les activités des Nordiques où seul Joe Sakic brillait comme un faible phare dans la nuit calissement noire. Puis lorsqu’ils ont quitté pour Colorado, j’étais plus vieux et me suis mis à suivre les activités de la néchelle avec un peu plus d’intérêt. Je me suis tourné vers le trois couleur du Montréal au grand damne de mon père qui les haïssait à s’en confesser.

Je fais partie de la génération que j’appellerais la génération Saku Koivu. J’ai connu Vinny « Head and Shoulder » Damphousse comme capitaine mais c’est surtout avec le C sur le chandail du 11 que j’ai suivi les activités du Habs. Et Dieu sait que suivre le CH pendant ces années, ça prenait une dose massive de foi aveugle ou un soupçon massif de masochisme. Après le travail de démolition de Mario Tremblay et Réjean Houle et le refus systématique de l’organisation de finir dans la cale pendant 2-3 ans afin de se garnir au repêchage, les résultats piètres se sont enlignés pendant plusieurs années.

Et puis quand, comme moi, tu n’as jamais rien connu d’autres comme résultat de l’équipe sportive que tu suis, tu t’en accommodes tant bien que mal, ne comprenant pas trop les remontrances excédées des baby-boomers toujours à citer à outrance l’époque de Guy Lafleur et de Ken Dryden.

Il y a eu un soubresaut en 2008. Le Canadien termine premier de sa conférence, les espoirs sont élevés, on les dit même favoris pour se rendre à la finale dans l’Est. Mais après une performance douteuse en première ronde, le club se fait sortir plutôt expéditivement en 2e ronde, calmant toute ardeur partisane bien rapidement.

Arrive 2010. Après une année en dents de scie marquée par les nombreuses blessures et l’acclimatation plus ou moins fluides d’une équipe où une douzaine de nouveaux joueurs se sont greffés en début d’année, le club se qualifie difficilement pour les séries du détail où il affronte en première ronde le meilleur club de la ligue. Un duel d’apparence inégal entre la 1ère place au classement général contre la 19e.

Rapidement, Washington prend une avance de 3-1, déjà les partisans sont prêts à fermer les livres, habitués que nous sommes à la défaite. Mais voilà que grâce à des performances inspirées et magistrales d’un petit gardien slovaque mésestimé, le Canadien remonte la pente de façon improbable pour l’emporter en 7!!! Ils affrontent donc les tenants en titre de la Coupe Stanley en deuxième ronde, une autre série qu’ils devraient perdre.

Mais voilà que ce matin, à l’aube de ce 11 mai, le Canadien a porté la série à 3-3 et il y aura un 7ème match. Dans ma vie de partisan du tricolore, il s’agit assurément du moment le plus excitant que j’ai vécu jusqu’à présent.

Au bureau, je sors de ma coquille habituelle et parle avec entrain du match à venir avec mes collègues que j’évite pourtant d’habitude. À l’épicerie, je converse avec des inconnus de l’éventualité d’une finale de l’est. Je jogge en écoutant CKAC sur mon iphone, la télévision est toujours à RIS, je commence à lire le Journal de Québec par la fin, je ne suis pas exaspéré par la partisanerie flagrante des boys de l’Attaque à cinq sur V.

L’instant de quelques jours, je range mon cynisme outrancier, mon flegme imperturbable et mon calme olympien. Honnêtement, je suis excité en TABARNAC.

MOOOOOOOONTRÉÉÉÉÉAL EN 7.

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L’attrait des non-défauts

J’étais avec Ben hier soir, on écoutait le hockey dans mon salon en terminant tranquillement les fonds de caisse de 12 disparates qui s’accumulaient lentement dans mon garde-manger. À la télévision, il y avait les Blackhawks qui fournissaient un effort discontinu tandis que Roberto Luongo essaie difficilement de faire taire ses nombreux détracteurs. Et puis chez moi, il y avait deux gars un peu pompettes qui parlaient séduction.

C’est que le suave Benoît est sur un coup sérieux, semblerait. Une première après plusieurs années arides où il ne collectionnait que de brèves aventures dont l’intérêt se résumait seulement à de la bête copulation. Et puis voilà, il angoisse comme un adolescent, tergiverse sur des et-si-jamais, doute de ses attraits qui furent pourtant efficaces par le passé.

Je le trouvais bien comique d’être là à se ronger les ongles sur mon divan en songeant à son prochain move sur le corsé échiquier de cette relation naissante. C’est qu’il faut savoir que sweet Ben a un physique de jeune premier en plus d’avoir un esprit affuté. Pis du beau linge, hein, tsé!

J’étais là à rigoler un peu de son état, à le taquiner sur ses inquiétudes à fondement fragile lorsqu’il me lance comme ça :

–          S’parce que tu comprends pas Jay. Y’a deux types de charme. Moi mettons, j’ai le feeling que je suis plus le genre de gars qu’on recherche pour des trucs de courte durée. Tandis que mettons, toi, ben toi t’es plus un package de long terme.

Ce à quoi j’ai évidemment répondu un genre de « c’est quoi ça encore TABARNAC ». Puis il m’a exposé sa théorie à la Hornby et puis j’ai acquiescé, un peu.

Son point était que pour une aventure, les filles recherchent les qualités. Elles veulent un beau gars, ou un gars qui est fort, musclé, ou un gars qui est particulièrement brillant. Enfin, le genre de truc qui allume instantanément, des flammes vives qui se consument rapidement.

Et puis moi, je serais un prototype différent. Mon truc, c’est de combiner un maximum de facettes moyennes. Ça peut sembler banal lorsqu’énoncé de la sorte, mais attendez. Il y a plein de gens qui connaissent le cinéma mais qui n’ont jamais lu un livre ou écoute Marie Mai dans leur voiture. Il y a des mecs qui ont un côté sensible mais qui portent des ponchos bizarres. Des gars qui ont le sens de l’humour de Jean-Marc Parent mais qui ont l’air de Jean-Marc Parent. Des dudes qui cuisinent vraiment bien mais qui sont végétariens, d’autres qui sont mega en forme mais dont les si ne mangent pas les rait. Il y a plein de gars qui se droguent trop, qui boivent trop, se battent constamment, parle juste de leur char ou d’entrainement, sont sans le sou. Je n’ai aucune de ces caractéristiques, enfin je crois. Je pense que si j’ai un succès okay avec les filles, ce n’est pas à cause de mes qualités, c’est à cause des défauts que je n’ai pas.

On a jasé de ça durant un bout, les Canucks ont prolongé la série pour un 6e match et Ben va peut-être finir par stepper up avec sa damzelle, en tout cas, je lui souhaite, il a l’air à triper. Et puis, je sais pas, il me semble que ça me ferait du bien de voir mon chummy amoureux.

Consommer son impertinence

Ça été le festival du backspace depuis quelques semaines, la pléthore de delete un peu excédé, les soupirs bâdrant en appuyant avec un peu trop de vigueur sur le x de mes documents Word garnis de quelques phrases disparates et rachitiques.

Je me suis mis à trop réfléchir comme trop souvent. Je me suis mis à fermenter des idées jusqu’à la pourriture. J’ai réécrit cent fois des phrases jusqu’au dédale syntaxique, jusqu’à l’épurement du plaisir. J’ai gardé pour moi des bribes de paragraphes inachevés, des métaphores fragmentaires et des anecdotes lacunaires, gêné que j’étais de l’impertinence de mes inepties.

J’ai oublié l’objectif premier de la naissance de ce blogue, celui d’écrire par simple plaisir. J’ai remis les dizaines de filtres contraignants que je semble utiliser de façon tristement innée. Je me suis ironiquement emmitouflé dans mes froids carcans, confortable que je suis dans l’épineux gabarit de mes aspirations propres.

Parce que lorsqu’on s’y arrête vraiment, il n’y a rien de vraiment transcendant ni d’important dans ce blogue ni même dans la majorité de ce qui se retrouve sur la blogosphère. Mais est-ce que cela devrait être le seul critère de publication? Je me bute toujours à ces considérations de pertinence ou d’importance quand j’ai le goût d’écrire ici. Et puis, de toute évidence, j’en arrive pas mal toujours à la conclusion qu’il vaut mieux ne rien écrire. C’est ce qui se passe lorsque je réfléchis, immanquablement, le côté commun de ce que je suis transcende et atténue toute autre finalité.

Sauf que fuck, je ne fais alors que bouder un plaisir. Et puis aussi, sérieusement, je perds de ma motivation pour le reste de l’Opération Reboot lorsque je m’éloigne de ce petit espace cybernétique. Mes joggings deviennent plus disparates, je me remets à être confortable dans mon boulot médiocre, je reprends du poids. Enfin, voyez.

J’essaie donc ici de faire le serment de me foutre de la pertinence des écrits passés et de ceux à suivre. Sauf que comme toutes ces promesses faites à soi-même, elle comporte sa part d’illusions.

Catégories :Bilan

Anniversaire

C’était ma fête cette semaine, le 3 mai, précisément. Ça fait quelques années déjà que je ne célèbre plus vraiment. Sauf qu’à chaque fois, je reste éveillé jusqu’à minuit au moins. Ce dimanche, j’écoutais le hockey dans la pénombre lorsque le cadran a finalement affiché 12 :00. Je me suis ouvert une autre bière, donné une petite tape dans le dos et puis ce fut tout. 25 ans c’est bien mais au fond, c’est rien, aussi.

Il y a eu les messages sur Facebook, évidemment. Les mêmes clichés envoyés sans conviction, les formulations de routines, la même mièvrerie tonitruante des réseaux sociaux. Il y a aussi eu l’email envoyé à tout le bureau. La secrétaire du boss qui souhaitait génériquement un « joyeux anniversaire au beau Jérôme ». Ma mère a appelé également, comme à chaque année depuis que j’ai quitté la maison. Un appel pour me dire bonne fête oui, mais pour que je prenne de ses nouvelles, surtout. C’est correct comme ça, je crois.

Ça n’a pas toujours été ainsi. Quand j’étais plus jeune, on allait au restaurant en famille. Je mettais alors ma seule chemise, celle que j’avais achetée pour l’occasion deux semaines auparavant avec ma mère chez Sears après qu’elle m’en ait fait essayer des douzaines. Ironiquement, on finissait quasi toujours par prendre la première essayée. Mais au moins, hein, on était sûr de notre choix. Des fois, je me dis que c’est peut-être ça que je fais avec les filles. Sauf que fuck, le premier modèle n’est plus en magasin.

Je mettais ma nouvelle chemise dans mes vieux jeans, sortais mes souliers propres trop grands une année, trop petits la suivante, et je me peignais. Je ne me souviens pas trop de la dernière fois où je me suis peigné, c’était peut-être à mon bal de graduation. À l’époque, c’était à ma fête, à Noël, à Pâques et lorsque nous allions visiter ma grand-mère.

On allait donc au restaurant endimanché. Quand c’était ta fête, t’avais le droit de prendre la table d’hôte. Il y avait donc mon père et le jubilaire qui avait le droit à la soupe et au dessert, si c’est pas ça célébrer, je sais pas ce que c’est!

Arrivait toujours le moment ultra gênant où quelques serveurs inconfortables venaient entamer sans conviction un chant quelconque de bonne fête. Les gens dans le restaurant arrêtent de causer, ils regardent, mi-amusés, mi-abusés. Moi je fixais fort le criss de feu de Bengale sur  mon brownie, c’était mon truc pour que le temps passe plus vite. Je regardais les flammèches descendre le long de la tige, c’était mon compte à rebours qui régissait ce moment déplaisant.

Puis on retournait à la maison où venaient nous rejoindre mes deux tantes qui habitaient non loin de chez moi. On déballait alors quelques cadeaux et on allait jouer dehors ou au sous-sol avec nos nouvelles acquisitions tandis que les adultes discutaient. C’était l’époque où on ne remettait pas systématiquement en cause les raisons de notre simple bonheur.

Quand j’ai déménagé, le rituel a cessé naturellement. Les célébrations communes tout comme mes liens avec mes parents étaient devenus perceptiblement caduques. Aujourd’hui, il n’y a plus d’aura spéciale autour de cette journée, je n’encercle plus la date dans mon agenda comme je le faisais lors de la rentrée scolaire à l’époque. Aujourd’hui, ce n’est vraiment rien de plus qu’un rappel intraitable que le temps passe, l’occasion imparable de réaliser que les années se suivent sans laisser de réelles traces indélébiles.

C’est un peu à tout ça que je songeais pendant que le cadran passait de 12 :00 à 12 :01. Les minutes ne passent pas vite parfois. Ça serait bien un feu de Bengale géant. Comme ça, je pourrais le fixer constamment, tsé, pour que ma vie passe plus vite.