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Archive for juin 2010

Les lectrices

J’ai ausculté avec soin les commentaires qui m’ont été laissés ici, analysé avec attention toutes les statistiques à ma portée, j’ai fait une régression soignée des données disponibles, dérivé un modèle, mis au point une fonction binomiale en déterminant mes paramètres par estimateur de maximum de vraisemblance, le constat est frappant : je suis surtout lu par des filles.

Secouée, lectorat avide? On le serait à moins, HEIN?

Mes recherches intrépides dans l’absconse blogosphère m’ont amené à conclure que pareil phénomène est norme. Voilà qui eut tôt fait de dissoudre les quelques craintes qui commençaient à poindre dans mon esprit fragile. Parce que je doutais un peu. Je me suis demandé si j’avais une écriture à l’eau de rose, si j’avais une plume aussi souple que les poignets d’Éric Salvail, si j’étais plus sentimental que Guylaine Tremblay dans un discours de remerciement.

Sauf que c’est comme ça presque partout. Bien sûr, il y a les blogues de grossesses ou les blogues de sports qui font exception, mais outre ça, j’ai l’impression que chaque sexe zieute l’autre sur ses blogues respectifs. J’en vois même parfois qui joue une game de séduction big time, ça me fait bien rigoler. Sauf qu’il y a un peu de ça, je crois, de l’attrait, de l’agrément, des aventures qui débutent avec quelques commentaires salaces.

Et puis je crois qu’au final, c’est pas si mal de se savoir lu principalement par des gens du sexe opposé. Ça fait un petit velours et on se met à rêver un peu. S’il y avait quelqu’une de plus grand intérêt? S’il y avait quelqu’une d’intéressée? Parce qu’après tout, je n’ai rien de bien différent du blogueur typique québécois. J’aime espérer que les vagins de mon lectorat sont comme notre climat : continental humide.

Mais sachez hommes, femmes, que je suis bien content de vous savoir ici. C’est déjà énorme.

Catégories :Blogosphère

Opinion

Faire semblant de ne plus se souvenir du nom de son ex = FAIL.

Genre calissement.

Catégories :Uncategorized

Les petits détails

Tu sais fille, je pense souvent à toi. Le matin, l’haleine fétide et les sens émoussés, tu es la première chose à laquelle je pense lorsque le jet de la douche entre en contact avec ma chair de poule. L’après-midi lorsque le soleil me carabine tandis que je jogge, c’est des songes de toi qui me mitraillent, fille. Quand j’attends l’ascenseur, c’est toi que je médite. Quand je travaille, quand je lis, quand je mange, quand je bois, c’est toi fille qui m’obnubile. Et puis quand j’écoute le hockey, d’accord, je ne pense pas à toi. Sauf que lorsque l’entracte arrive, que Joël Bouchard est un peu fade, la main dans le calecif, à ce moment-là, oh là fille, si tu savais comme je pense à toi.

Toi et ton petit rire aigu que j’essaie de faire résonner dans ma tête, tard le soir quand j’ai les bleus d’être seul. Toi et ta mère un peu conne dont on aime rire, toi et l’empourprement sexy de tes joues lorsque tu es gênée, toi et tes films kitsh que tu ramènes toujours en retard au club vidéo, moi qui t’amène à un show ringard de Star Ac’ et toi qui me fait une fellation aux toilettes à l’entracte. Toi et tes anecdotes de boulot ou de soirée entre filles, tes anecdotes que j’écoute jamais mais que j’aime crissement parce que ça me donne un prétexte pour te fixer quand tu parles, un prétexte pour te trouver cute, tranquillement. Ouais, c’est à toi que je pense.

Pis des fois, comme ça, je pense à toi pis je me mets à avoir peur que tu ne penses pas aussi souvent à moi. Je me dis alors que c’est terrible, si seulement tu me voyais, je deviens tout paniqué. Et puis c’est la paranoïa qui embarque. Et si on ne s’était pas parlé au départ? Que serais-je devenu? Sur les sites de rencontre comme ça, tu sais bien, tout tient à bien peu de choses.

Non c’est vrai, tout aurait pu basculer. Si ton nickname avait pigé dans la crasse trinité préfixe-suffixe du pseudo internet (bitch, sexy, 69), toi et moi bébé, ça n’aurait pas eu lieu. J’te jure, si ton profil avait parlé de bonne bouffe, de bons vins, de promenades en forêt, j’aurais chahuté en changeant de profil illico.

Tu sais que si ta photo avait eu l’air d’une vue aérienne pour pamphlet touristique d’un canyon, ça n’aurait pas fonctionné. Je plaisante pas, tu te photographiais dans le miroir, sur un bar, en bikini minimaliste ou les soutifs à vue, ç’aurait pas été possible.

Si t’avais parlé de toi à la troisième personne, en intercalant tes si et tes rait de lol biens sentis, en mélangeant l’infinitif et les participes passés avec une virtuosité dyslexique digne de notre temps, je ne t’aurais pas écrit ce petit mot.

Ce qu’il s’en ait fallu de peu, c’est fou. Non mais t’imagines, t’aurais pu avoir l’air d’une conne et du coup, on ne serait pas ensemble.

Catégories :Échappé

L’antichambre agace du sommeil

Il est bientôt 1 heure du matin. Je suis couché dans mon lit, mon portable bouillant déposé sur mon torse ruisselant, la tête reposée sur une montagne d’oreillers aux taies singulières, les yeux cernés et le teint blême rendu cadavérique par la lumière blanche aseptisée de mon écran. Tandis que mes oreilles s’engourdissent lentement sous les assauts répétés de Black Rebel Motorcycle Club, mes yeux scrutent mon cadran aux gros chiffres rouges imparables. Mon cadran qui me dit couche toé tabarnac.

Sauf que je n’ai guère envie de m’endormir, comme je n’ai guère envie de me lever. Mon sommeil est un cycle ironique et je suis le pantin d’un rythme circadien daubeur. Les bras de Morphée peuvent bien me crosser.

Il fait chaud et je dois vous dire que tout ce dont j’aurais envie en ce moment très précis, c’est de m’allumer une foutue clope. Sauf que non, fuck non, je reste focus. D’autant plus qu’aujourd’hui, j’ai recommencé à courir.

Un pied devant l’autre, on continue.

Catégories :Objectif 5, Objectif 6

Guimauves brulées, strophes baclées et fellation

Je voudrais d’une de ces amourettes légères propres à l’adolescence, un de ces flirts épisodiques, une de ces aventures estivales, l’amour comme un trimestre un peu plus chaud que les autres.

Je n’ai que faire du sérieux, je veux gouter à la saveur glacée et vanillée de la frivolité, à la douceur satinée de l’instantanée. Je veux une de ces relations aux pas si légers qu’elles ne laissent pas de trace.

J’ai le goût d’une presque inconnue qui m’envoie des messages textes indécents dans le creux de la nuit, de pique-niques impromptus et de bivouacs improvisés. J’ai juste le goût de ne pas me poser de questions.

J’ai envie d’aller boire de la blanche aux agrumes sur le bord du fleuve avec une fille aux grosses lunettes et aux petites fesses. On se ferait un feu avec les branches qui jonchent la plage et on l’allumerait avec les vieilles revues littéraires un peu humides qui trainent dans le fond de ma voiture. Et quand on serait un peu gorlot, on lirait du Rimbaud ou du Miron pis on baiserait, comme ça, derrière un buisson, le feu blafard parce que délaissé nous éclairant timidement sur la grève.

Je voudrais bien avoir mal au cerveau en aspirant trop vite une slush aux bleuets au complet avec une brunette au sourire coquin et au regard écarlate. Siphonner notre sweet barbotine sans retenue puis l’embrasser, mes lèvres bleues et froides sur ses lèvres bleues et froides. Grelotter au grand soleil en roulant à vélo, pédalant vite pour aller à la piscine communautaire pour se taponner subtilement dans le pas creux.

Ou bien ça pourrait être une grande rousse au regard espiègle. On pourrait partir loin en voiture, rouler de nuit, les fenêtres baissées, en écoutant Vallières qui nous raconte ce que c’est d’être nous. On arrêterait dans des motels aux enseignes à néons usés. On regarderait un peu le late show avec David Letterman puis on baiserait en riant du bruit des ressorts usés de notre matelas.

J’ai le goût d’une fille aux cheveux ébène qui lit Les âmes mortes de Gogol sur une terrasse par un vendredi après-midi. Je serais là à la scruter, un peu gêné de ce cœur qui battrait un peu trop vite dans ma poitrine, calant quelques pintes de rousse, cherchant des miettes de courage. Finalement, je l’approcherais, reprenant ma phrase quelques fois, la syntaxe bafouée et la diction ankylosée par le charme qui serait sien. Puis finalement, on irait boire du rouge dans ma chambre, dans une fluidité que seul été permet.

Au fond, tout ce que j’ai envie, c’est d’être moins seul, un instant, un été.

La vie plus ronde qu’un ballon

C’était un autre de ces dimanches dont la vacuité rimait avec régularité. Réveillé par la chaleur ambiante de ma chambre qui chauffe sous un soleil déjà en zénith, je me lève brouillon et titube d’ensommeillement jusqu’à la salle de bain où je prends une douche aussi longue que chaude. Le cheveu humide et hirsute, le corps encore humecté et portant subtilement de légères traces de savon, je me dirige vers la cuisine le sexe à l’air pour m’assécher en concoctant un gargantuesque déjeuner.

Le ventre repu et l’esprit en hibernation post p’tit dej tout ce qu’il y a de plus classique, je m’échoue sur le divan avec ma pinte de jus d’orange et je syntonise le Mundial. Et puis je sors une vieille bouteille de Russian Prince.

Au début, je me suis dit que je rajoutais une shot de vodka dans la pinte de jus à chaque but marqué. Sauf que fuck, c’est du futbol. Alors c’est devenu une shot pour chaque lancer cadré, puis pour chaque lancer, parce que fuck, c’est du futbol. À chaque corner. À chaque touche. À chaque fois qu’un joueur se met à se trémousser sur le gazon pour feindre une blessure. Oh pis là, et bien là j’avais la tête qui tournait en criss en plein milieu d’après-midi et je me suis trouvé un peu puéril. Et il y avait aussi ce russe austère sur la bouteille qui me fixait avec l’air suspicieux d’un beau-père qui vous en veut de baiser sa fille.

Je suis las sur mon sofa et j’écoute du Isabelle Pierre sur mon iPhone dans une ironie grossière dont l’alcool atténue le caustique. Je me souviens de la première Coupe du monde que j’ai écoutée attentivement, celle tenue en France en 1998 qui avait vu le club local l’emporter ultimement sur le Brésil grâce à une performance tenant du mythe d’un Zidane formidable en phase finale.

Je me suis souvenu des monsieur Freeze que je mangeais en écoutant les matchs. Les blancs et les bleus en première demie, les oranges et les mauves en deuxième, je gardais le meilleur pour la fin. Je me souviens aussi des parties jusqu’à tard le soir au terrain de soccer du quartier. Je me souviens aussi du ballon qui dégonflait toujours, puis du ballon que nous avions volé à Marc-André parce que Marc-André était un connard et que ses parents lui en rachèteraient 10 la semaine suivante.

Je me souviens des vélos 5 vitesses pour se rendre au parc, des buts dessinés à la craie dans la ruelle, des protèges tibias fushia de Louis, des bouteilles d’orangeade 2 litres qu’on remplissait d’eau sulfureuse dans la salle de bain d’en bas et qu’on buvait toujours trop vite en début de match pour finir par avoir des points.

Et je me suis souvenu de cette impression, de cette légèreté d’antan et de l’absence de soucis de ces temps antérieurs. Je me suis souvenu des arômes simples de limonades pressées, du caractère candide de nos préoccupations, de nos boutades ingénues, de nos éclats de rire cristallins, des games jusqu’à la brunante où on ne comptait pas les points.

J’ai alors aperçu mon reflet dans la télévision. J’y ai discerné vaguement ce petit garçon qui fut. Mais il y avait tous ces traits tirés, ces cicatrices laissées par le temps qui avilit sans cesse, ils y avaient ces déceptions que la lassitude palpable laissait deviner. Sauf que je l’ai aperçu, un bref instant, soi, mais je l’ai vu, je le sais qu’il est toujours là, enfoui quelque part.

Et puis comme ça, dans un bref élan de lucidité, j’ai eu la conviction, j’ai su que je saurai le ramener. Pis crisse, c’est ça l’Opération Reboot. Fuck, j’ai pas dit mon dernier mot.

Catégories :Uncategorized

Speaking english

Ça arrive parfois. Pas trop souvent hein, mais parfois. Il arrive que des clients parlant anglais appellent au bureau. Et là, les vieilles dames s’affolent un peu, l’air se tend lorsqu’il est fendu par une femme qui crie presque « Oh speak in english là, euh, wait, waiting, please, thank you.»

Les premières fois que c’est arrivé, tandis que je n’étais alors que bizuth en cette entreprise qui ne croyait pas bon d’engager de téléphonistes bilingues, je regardais la cohue s’installer, l’affolement s’établir avec autorité.

Tout débute par le regard trouble de la téléphoniste, par ses yeux ronds empruntant au cervidé qui est surpris par les phares d’une voiture en pleine autoroute. Puis c’est la quête intrépide de quelqu’un de bilingue, la dame arpentant l’étage avec frénésie, demandant à tous, le ton au désespoir, s’ils parlent l’anglais. Habituellement, elle finissait toujours par trouver, parfois une jeunesse interloquée, parfois un VP un peu amusé. Sauf qu’il y a eu cette fois, celle où l’agonie perdurait et où aucun candidat valable ne s’avançait. Celle où j’ai annoncé avec toute la nonchalance que j’ai pu me trouver «ben j’parle un peu moi, j’pas si pire». Et devant le soulagement de la téléphoniste, je n’ai guère eu le choix d’obtempérer.

Et tandis que j’attendais que l’appel me soit transféré, je me remémorais mes lointaines bases collégiales. Hi, my name is Jérome, I am 25 years old and I love to eat chicken. The car is blue. It is ten o’clock. Vivo en la ciudad de Quebec. I like to read books. The books are in the library. Faque j’tais prêt de même, j’me disais bring it on, bilingue de même, j’vous le dis.

L’appel c’est bien passé, honnêtement, j’en ai été le premier surpris. J’avais une fluidité sommaire et le p’tit cœur qui battait gros, ce fut suffisant. Le lendemain, j’avais du sucre à crème sur mon bureau. C’est comme ça qu’on m’a pavlové à devenir le polyglotte des estis de pauvres.

Depuis, ça survient peut-être une fois par mois, ça me divertit. J’ai suivi des cours d’anglais intensifs au secondaire, rien d’incroyable. Depuis, je maintiens mon niveau minimal en écoutant Showtime et HBO, de sorte que je dis le mot fuck au moins 3 fois par phrase, genre minimum, même quand je suis au téléphone avec des clients.

Aujourd’hui, mon boss m’a fait venir dans son bureau après un de ces téléphones justement. Je rentre et il me dit « What the fuck are you thinking tabarnac», puis il part à rire. Semblerait que j’vais avoir une augmentation et que je suis désormais la ressource anglophone de la place.

Cashing? Je vais m’acheter des nouvelles shorts pour la course et ce soir, je cours un marathon, minimum.

Catégories :Anecdote