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Archive for juillet 2010

Saisir

Ils avaient annoncé canicule hier au téléjournal en fin de soirée. Sauf que c’est comme lorsqu’on annonce le retour des Nordiques, le succès d’une cure de désintox pour Éric Lapointe ou la fin de la carrière de chanteur de Guy A. Lepage, on tend l’oreille distraitement, sceptique, puis on oublie.

Il arrive cependant que la vie nous rattrape, que le soleil reprenne ses dues. Lorsque j’ai quitté l’immeuble climatisé où je travaille en fin d’après-midi, la différence de température m’a assailli rapidement. J’ai regardé le soleil, j’ai cru le voir fier, astre orgueilleux qu’il est, se targuant de la sueur légère s’accumulant sur mon front.

J’ai donc bifurqué quelque peu de mon trajet habituel pour agripper un contrefilet et 6 Heineken à l’épicerie. Mon brand new barbecue en marche, ma pièce grillant lentement, je me décapsule une première bière et entreprend de rouler lentement un joint avec un restant de pot qui séchait depuis trop longtemps sur ma table de lit.

Une fois ma cuisson satisfaisante, j’envoie le steak dans une assiette et je commence à manger la viande sans accompagnement si ce n’est que quelques morceaux de mie arrachée gauchement sur un pain belge que je beurre avec excès. À intervalle régulier, je m’envoie une bonne rasade de bière pour faire descendre un peu la nourriture que j’avale rustaudement.

Repu, je balance ma vaisselle sale dans mon évier sans m’en préoccuper. Réchauffé, je marche autant que titube jusqu’au dépanneur du coin pour acheter 6 autres bières. J’ai dû passer une fucking demie heure dans le réfrigérateur à bières juste pour profiter sans scrupule de l’air frais.

De retour chez moi, j’allume finalement le pétard que j’avais pris le soin d’humecter au préalable avec ma salive et le houblon qui y tardait encore. La première puff passe dans un raclement rauque et détend. Je m’allonge sur la chaise pliante qui trône sur mon balcon et inhale sereinement, ne réfléchissant à rien d’autre que la paix du moment.

Plus tard, je gratte un peu ma guitare, cherchant à tâtons quelques accords qui sauraient évoquer un peu Okkervil River. Loin encore l’attente de l’objectif 3 et la maitrise onirique de la guit’ que je pourchasse avec une diligence un peu trop mitigée.

Je me dirige finalement au salon où j’entrouvre une édition un peu jaunie de l’homme rapaillé tandis que Bon baiser de France joue en sourdine sur ma télévision. Le silence est entier et dense dans l’appartement, je suis bien sans avoir besoin de savoir pourquoi. Je cueille la plénitude de cette solitude désirée. Il n’y a que cette béatitude aussi vive que passagère que je consomme comme on le ferait avec la dernière glace vanille une fois l’automne venu.

Et puis à cet instant précis, je songe au bonheur qui semble parfois si difficile à atteindre, qu’on soupçonne parfois être intouchable lors de nos errances, je pense à cette quête sempiternelle de l’abstraite allégresse et je me dis qu’au fond, c’est bien simple. Au-delà des buts artificiels de l’Opération Reboot, des chapitres formatés de livres de cheminement personnel, de la réussite sociale et professionnelle, du cul pour le fun du cul, des polos griffés et des pare-chocs lustrés, il y a ces joies qu’on oublie, par manque d’artifices, je sais pas.

Wimbledon HD

De toutes les plus grandes inventions
Oui, il y a eu la bombe à neutrons
Mais vraiment tout ça n’est que du bonbon
Comparé à la télévision haute définition.
Car rien de mieux que de voir en folle pixellisation
Serena Williams et ses osties d’immenses totons.

Catégories :Drunk stuff

01/07/10

Premier juillet, partout dans la rue, les gens s’activent, s’affairent avec diligence à empaqueter meubles et électroménagers. Les rues sont parsemées de camion de déménagement, des arômes de pizzas flottent perceptiblement dans l’air et le bruit du gaz qui s’échappe de Labatt ou de Molson qui sont ouvertes le temps de pauses méritées bat le rythme en cette journée où on célèbre le plusse meilleur pays au Monde d’un océan à l’autre.

Je suis sur mon balcon malgré l’air un peu frisquet, mon vétuste portable dégageant assez de chaleur pour assouplir mes doigts rendus rigides par la brise persistante. J’observe ludiquement mon voisinage se remodeler en écoutant tchendohradio, il y a une fille cute à s’en fouler le poignet qui emménage dans l’appartement où logeait un étudiant à l’air toujours affairé et à la mine basse. Je me demande où il s’en est allé, s’il a terminé ses études. Bizarre de savoir que je ne le reverrai sans doute jamais, qu’il n’aura été autre qu’un figurant muet et passager dans ma vie, comme tant de milliers de gens qui meubleront nos quotidiens routiniers.

J’aime le bruit des meubles qui s’entrechoquent, les directives criées avec un ton laissant graduellement place à l’exaspération, les effluves de produits nettoyants utilisés avec zèle et surabondance, le son des suspensions rouillées et finies des vieux camions de déménagement loués à grand prix, les gars qui tentent d’être subtils en se penchant la tête pour voir s’ils sentent la transpiration, les exhalaisons piquantes de nouveaux départs exaltants.

Et moi je demeure toujours au même endroit. J’ai renouvelé mon bail il y a déjà un long moment, je suis bien ici mais parfois je me dis que ça serait bien d’aller voir ailleurs, de découvrir, secouer mon irrésistible inertie. J’y songe, peut-être un jour me déciderais-je à changer de cocon. Sauf que je ne suis pas rendu là.

Et by the way, je voulais juste dire que je trouve hautement déplorable qu’on puisse décider de ne pas retenir les services de Jean-Luc Brassard pour célébrer la Confédération. Non mais CIBOIRE.

Catégories :Uncategorized