Périmer

C’est arrivé j’avais peut-être 17 ans, j’occupais un emploi étudiant quelconque. Je travaillais seul avec un autre gars, Alex qu’il s’appelait. J’avais cette nouvelle copine depuis quelques semaines. J’avais le sourire fendu de l’adolescent qu’amourette et sexe rendent niais, la légèreté de pas qu’ont ces garçons exaltés, l’exubérance facile de l’amour éperdu du jeunot.

Un bon soir, au milieu d’une soirée toute banale, il me lance :

–          Tu l’sais-tu déjà quand est-ce que ça va se terminer?

–          Quoi?

Il me regarde avec l’assurance de celui qui énonce une évidence :

–          Avec ta blonde, tu l’sais-tu déjà quand est-ce que ça va se terminer?

À l’époque, j’avais bafouillé sur le coup, titubé lexicalement, ne sachant trop quoi répondre. Sauf que plus tard en soirée, j’y ai pensé plus amplement et j’en étais venu à la relativement objective conclusion que je nous donnais 3 mois. Clac, le couperet venait de tomber. 10 semaines plus tard, on s’était laissé machinalement après un étiolement qui s’était allongé sur trois semaines.

Depuis, ce truc m’obsède par moment. Comme en ce moment. Souvent dans ma vie, j’ai été dans des relations qui me semblaient vouées à une fin à courte ou moyenne échéance. C’est étrange, cette impression d’être dans une relation qui a une date d’expiration. Les couples ne se distancent plus, ils périment. Il y a là une tragédie très néodramatique franchement boboche qui se joue.

Par exemple, s’il est clair qu’une très forte majorité de relations sont vouées à se terminer éventuellement, à partir de quelle durée la relation vaut-elle la peine? Je suis conscient de la vanité d’un tel questionnement, mais tout de même, passons. S’il est plutôt limpide qu’un lien est éphémère, vaut-il la peine qu’on l’entretienne?

La très grande majorité de mes relations se sont terminées, je crois, pour deux raisons : la fille me considérait trop sérieux/mat et plate/renfrogné, je trouvais la fille trop jeune/sans substance/fade. Or ces choses sont rarement des vices cachés ou des surprises. À la longue, je crois qu’il est plutôt facile de prévoir l’issue souvent imminente.

Que faut-il alors faire? Continuer à tenter en toute bonne foi? Suis-je déjà corrompu par la mauvaise foi qui se serait immiscée jusqu’à ma moelle à travers les ans ou suis-je plutôt un de ces idiots au romantisme suranné condamné à la solitude faute de comble amoureux?

Je suis avant tout prisonnier de mon incapacité à vivre simplement, sans analyse perpétuelle. Forcément, si je cherche, je me trouverai toujours une raison de croire que ça ne marchera pas. Je suis toujours sur les breaks, je cache ma peur de me casser la gueule derrière un fatalisme marmoréen. J’ai le cœur qui grelotte et je l’emmitoufle dans une couette de glace. Parfois, j’ai peur qu’il finisse par fendre au froid.

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  1. octobre 4, 2010 à 4:53

    J’t’aime pas. Pour tout te dire, j’te fais la grimace. Une sale et vilaine.

    Ce qui est fou, c’est que plein de gens prétendent avoir l’espoir. Mais on vit dans une maudite société cynique jusqu’aux os. Pis, des fois, le cynisme, c’est ce qui tue le plus.

  2. octobre 4, 2010 à 7:09

    Impulsive: Je te trouve rude avec ta grimace sale et vilaine. Je ne sais pas s’il s’agit de cynisme, ce dont je parle, mais ça en fait probablement partie. Je le trouve dure à combattre parfois, ce cynisme qui tue.

    • octobre 4, 2010 à 7:29

      Je suis désolée pour la rudesse. Bien que je ne la retire pas. Mais tu sais bien qu’en général je t’adore tout plein. 😉

      Non c’est juste que depuis quelques jours, je réfléchis sur le cynisme ambiant… Ton texte m’a fait réfléchir et réagir. Ce qui est bon puisque tu m’as permis de trouver mon angle d’attaque pour un texte que j’avais en tête. Est-ce du cynisme ? Ou non ? Ce n’est qu’un mot. Je crois que tu comprends ce que je veux dire. Que trop de gens sont bons pour avoir peur, pour défaire l’espoir, pour être blessé, pour être déterministe/route tracée d’avance. La vie, c’est un pas à la fois. Et oui, ça se peut qu’on se casse la gueule. Sauf que faut toujours ben le faire le pas pour savoir si on se cassera la gueule ou pas. Faut toujours bien risquer pour découvrir le prochain tronçon de route. Faut toujours bien vivre si on ne veut pas être mort.

  3. octobre 4, 2010 à 7:17

    et qui te dit que ça n’aurait pas duré plus longtemps si tu n’avais pas donné une « date limite » à ta relation? qui dit que c pas le fait de savoir que ça allait finir dans ce laps de temps qui a fait en sorte que vous vous êtes détachés jusqu’à la séparation?

    mais sérieusement, si tu sais que la personne avec qui tu es te rendra heureux un temps le temps de combler certains manques (affection, sexe, activités à deux, etc.) mais qu’après ses défauts que tu connais déjà te dérangeront jusqu’à clore cette relation parce que tu sais que ces défauts feront qu’elle ne te rendra jamais vraiment heureux… pourquoi persister dans cette voie?

    qui sait, peut-être que durant le 3 mois que tu auras perdu avec elle tu as p-e croisé la femme de ta vie et elle ne s’est pas manifestée parce qu’elle a vu que tu étais déjà pris…

    moi ce que j’en dis par expérience après avoir fréquenté des crisse de morons pour des relations courtes, c que tu dois rester seul et te rendre disponible pour le meilleur comme ils disent dans un film. pourquoi toujours accumuler des histoires sans lendemain au lieu de juste attendre la personne faite pour toi?

  4. Val
    octobre 4, 2010 à 8:22

    C’est clair que si tu te matches toujours avec le même genre de fille, tu vas avoir toujours le même genre de résultat (et les mêmes raisons de ruptures faciles à prévoir). 😛

    En regardant les deux patterns de relation que tu viens clairement d’identifier, ton problème est simple à régler : tu n’as qu’à cesser de sortir avec des filles (trop) jeunes branchées fofolles cool à la mode et superficielles.

    Trouve-toi une cynique désabusée analytique brillante sérieuse et avec un peu d’humour noir pis tout devrait bien aller 😛

    Mais hey, elle sera peut-être moins facile à séduire qu’une ado cool qui te frenche après 4 bières…

  5. Val
    octobre 4, 2010 à 8:25

    PS – Je hais cet éditeur de texte qui change mes grimaces mIRC-style en connard béat de bonheur…

  6. octobre 4, 2010 à 11:44

    Salut! Ton texte sur les relations de couple à durée déterminée m’a fait réfléchir et je reprendrai peut-être le sujet dans un de mes futurs textes, puisque qu’il m’intéresse beaucoup. Merci, bonne journée et bonne chance pour rencontrer la perle rare, celle avec qui il n’y aura pas de date d’expiration!!! 😉

  7. octobre 5, 2010 à 1:00

    Angie22: Ben personne ne me le dit à part moi. Ça invalide la chose? Je ne suis pas dogmatique dans mon affaire, ma dernière relation a duré 4 ans et je ne nous donnais pas 6 mois. 4 ans durant lesquels j’ai été foncièrement heureux au moins 3 ans. Ça n’a pas rapport.

    Val: J’aime bien la définition que tu fais du type de fille que tu me conseilles. Je pense qu’il y a beaucoup de vrai dans les patterns que tu identifies. Quand au fait que la séduction serait plus ardue, je trouve ça stimulant. Quant aux émoticones béat, je suis déçu d’apprendre que tu n’as pas réellement la bouche molle dans la vie et que l’éditeur reflète mal ton état d’esprit.

    Juju: Je vais aller y jeter un coup d’oeil.

  1. octobre 4, 2010 à 1:03
  2. juillet 10, 2011 à 10:20

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