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Archive for novembre 2010

Disparaitre

novembre 26, 2010 15 commentaires

Voilà, je viens de terminer ma derniere journée de travail au boulot que je souhaitais quitter au début de l’Opération Reboot.

Je vous avoue que j’ai peur. Peur en crisse. Parce que je n’ai aucune idée de ce que je veux faire ensuite.

Alors j’ai décidé de partir. Je vais entasser quelques chemises froissées et jeans usés dans ma vieille voiture, faire le plein et rouler. Et rouler encore.

J’ignore si je suis en fuite ou plutôt à la poursuite de quelque chose, de rêves que je n’assume pas encore. J’ignore quand je reviendrai.

D’ici là, portez-vous bien jeunes gens.

Au revoir,
Jérome

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Catégories :Uncategorized

The Black Mail

novembre 23, 2010 17 commentaires

Les gens choqués par les blagues un peu limites ne devraient pas lire ce post. Pour les autres:

À la job, nous sommes 5 gars environ du même âge à œuvrer dans divers départements. Il y a peut-être trois mois de cela, on a instauré un truc qu’on a appelé The Black Mail. Grossièrement, c’est un courriel qu’un de nous a envoyé aux quatre autres qui contenait une blague plutôt salée. Et parce que le temps est long lorsque la besogne se fait rare (chose commune chez mon employeur), chacun s’est mis à répondre en conservant l’historique.

Ça a commencé tranquillement, à quelques blagues par jour. Puis de jour en jour, de semaine en semaine, l’email est devenu excessivement long, chaque ajout créant un effet boule de neige. Une fois de temps en temps, je voyais un petit pop-up m’indiquer que le mail RE :RE :RE :RE :RE :… :RE : The Black Mail venait de rentrer, c’était ma pause divertissement de l’heure qui venait d’arriver.

On s’entend, ça ne vole jamais haut, on dirait vraiment une gang de cégépiens qui s’amusent à essayer d’être outrageux de façon un peu niaise. Sauf que fuck qu’on rigole.

Parfois, ce sont des blagues racistes :

« Qu’elle est la différence entre une pizza et un noir? La pizza peut nourrir une famille »

Des jokes d’holocauste :

« Qu’est-ce qu’un oiseau dit au dessus d’un camp de concentration? Cuit, cuit. »

Des plaisanteries salaces à teintes pédophiles :

« Comment faire pleurer une petite fille deux fois? Tu essuies ton pénis plein de sang sur son toutou préféré. »

Des pitreries caustiques sur l’inceste :

« Comment tu sais que ta sœur a ses règles? Le pénis de ton père goûte différent. »

Ou des devinettes choquantes :

« Qu’on en commun Guy Cloutier et Ginette Reno? Les deux rentrent serrés dans du 12 ans. »

Et c’est comme ça pendant 3 mois. Des pages d’historique de trucs abominables et salaces. Nous étions comme un petit groupe fermé de gars qui s’entretiennent secrètement par email, ça rajoutait un cachet singulier à cet humour noir. Ça, c’était avant aujourd’hui, avant qu’un des gars fasse une fausse manœuvre et envoie The Black Mail à tout son département.

En 1 heure, j’ai l’impression que tout le monde dans la compagnie a vu le mail, ça c’est propagé comme une trainée de poudre. En l’espace de 60 minutes, je suis passé de coqueluche des productrices de sucre à crème à petit voyou de ruelle, de propret garçonnet à émule diabolique de Mike Ward.

Demain matin, les cinq mousquetaires du Black Mail ont été convoqués à un beau petit meeting avec les RH. Je suis curieux de voir ce qu’on nous dira. Anyway, je termine vendredi.

MAJ: Après une houleuse réunion où l’on s’est fait savonner comme des gamins à la petite école, les gars ont reçu une sanction qui se voulait exemplaire d’une journée de congé forcé sans solde pour « usage indu des ressources informatiques ». Quant à moi, étant donné que j’ai une shitload de dossier à compléter d’ici vendredi, les hautes instances ont décidé de faire preuve d’une suave miséricorde à mon endroit. Boom boom.

Catégories :Anecdote

Avoir un ami qui s’égare

novembre 22, 2010 17 commentaires

Cette histoire, c’est celle d’Alexandre, un de mes meilleurs chummys du secondaire. En fait, pendant de longues années, il a été une des personnes dont j’ai été le plus proche. Dans mon top 3 de conversations marquantes à vie, il y en a une avec Alex autour d’un feu, lui et moi à un stade de boisson honnête qui parlons en anglais. Et je ne sais pas si c’est à cause de la langue qui créait un espèce de détachement, mais c’est la fois où j’ai parlé le plus ouvertement à quelqu’un de mes angoisses, de qui j’étais vraiment. Enfin bref, c’était quelqu’un d’important dans ma vie.

Je connais donc Alex depuis une douzaine d’années. On a foiré sur la côte est américaine, faites un road trip jusqu’à Manic 5, j’ai été au remariage de sa mère. M’enfin, vous voyez le portrait, c’est quelqu’un avec qui je partageais une foule d’affinités.

Sauf que depuis peut-être un an, Alex change beaucoup. Tel un Charmeleon qui pogne son level 36, il a connu une métamorphose radicale et je peine aujourd’hui à discerner celui qu’il était jadis à travers celui qu’il est désormais.

Si j’avais à identifier le point de départ de cette transmutation désolante, ce serait sans doute l’abonnement au gym. Alex s’est mis à aller s’entrainer 6 jours par semaine, à arpenter les forums de musculation avec l’entrain d’un adolescent qui vient de découvrir la porn en streaming. Il s’est mis à dépenser des sommes effarantes en poudres diverses et à manger du poulet cuit à la vapeur. Si seulement ça n’avait été que ça.

Il s’est ensuite acheté une voiture sport avec de l’argent qu’il n’avait pas et il s’est mis à tenir un discours fucking louche sur l’importance des apparences. Honnêtement, ça me sidérait. Il s’est ensuite mis à sortir dans les bars plusieurs fois par semaine. Il a changé sa garde-robe aussi. Il a pris du volume musculaire et a décidé d’acheter du linge une taille plus petite que ce qu’il possédait déjà, un combo fort efficace pour créer un effet moulant à en rendre jaloux les pantalons de Freddie Mercury.

Et là, il s’est mis à nous raconter ses anecdotes de filles frenchées dans les bars. Vous dire le nombre de récits de jeunes filles naïves pognassées sur des dancefloors que j’ai dû me claquer dans les derniers mois, chaque échange de salive étant raconté avec un ton triomphant frôlant l’extase. Je n’arrive pas trop à saisir ce phénomène de valorisation basé sur de pareilles conneries.

L’autre jour, sur le ton de l’évidence, il m’a dit que dans la vie, il ne pourrait pas être pleinement heureux s’il ne faisait pas beaucoup d’argent, que tous ses loisirs étaient dispendieux et qu’il avait besoin de ça pour que sa vie soit complète.

Dans ma vie, j’ai fait le choix il y a plusieurs années de me distancer avec fermeté des gens que je considérais comme superficiels et je crois que c’est un des trucs qui me permet d’avoir toujours en tête les choses que je trouve importantes pour vrai. Sauf que cette fois-ci plus que jamais, je trouve ça rough, je trouve ça difficile de voir que mon chummy est devenu un douchebag et que ce qui nous unissait s’est tari avec le temps.

Sauf qu’en y pensant bien, ça fait bien un an que mon chummy Alex tel que je connais n’est plus. Je me demande juste s’il est perdu momentanément ou s’il est mort.

 

Ode aux jeux de société

novembre 21, 2010 11 commentaires

Lorsque j’étais petit (jadis en criss), mes parents m’envoyaient à la garderie scolaire dont je garde deux heureux souvenirs : le hockey cosom et les jeux de société. Hormis le fait d’avoir à être sous le joug de Marthe l’éducatrice impérialiste rousse, il s’agit assurément d’une période dorée de mon existence.

Nous étions quatre p’tits gars à jouer à Stock Ticker à chaque soir en attendant que nos parents viennent daigner nous cueillir après leurs journées au boulot. Dans le temps, on appelait ça « La Bourse » et laissez-moi vous dire qu’on prenait ça au sérieux. Nous étions de jeunes prospecteurs qui utilisaient déjà les concepts de variance mathématique sans vraiment le savoir; parce qu’entre Stock Ticker et les processus stochastiques du modèle Black-Scholes, il n’y a qu’un pas. Lancer les dés ou utiliser un lemme d’Ito, même combat.

Il y a aussi eu l’époque du Monopoly, celle de Jour de paie, de 13 Dead End Drive (que j’ai aimé d’amour), de Carcassonne, de Gérants d’estrade.

Adolescents, nous nous étions concocté notre propre édition de Guess Who?, un pur délice. On avait remplacé chacun des personnages par des gars et des filles de notre année à l’école, un ambitieux projet où nous avions écoulé tous nos restants de colle Pritt du primaire. Et donc en jouant, on pouvait grassement se gâter lors des questions : est-ce que qu’il/elle a couché avec Simon Drouin, est-ce qu’il/elle vend du pot, est-ce qu’il/elle est dans une équipe de sport interscolaire, est-ce qu’il/elle a déjà fait un site internet sur les professeurs avant de se faire expulser de l’école et d’ensuite faire face à trois chefs d’accusation et se faire enlever internet par sa mère pendant 4 ans? Fuck les attroupements de filles à la récréation, c’était notre jeu de Guess Who? qui était la plaque tournante du potin à l’époque.

Encore aujourd’hui, j’aime beaucoup les jeux de société. D’ailleurs, j’avais déjà écrit sur une game de RISK il y a quelques mois. Il y a dans ces jeux une richesse et une chaleur qu’aucun jeu vidéo ne saurait reproduire. Une PS3 c’est cool mais c’est loin d’avoir le même potentiel rassembleur.

Parce qu’une soirée de jeux de société, c’est AWESOME. Prenez une soirée un peu frisquette comme hier, tu appelles 5-6 amis en trombe durant l’après-midi, tu vas faire des emplettes à la SAQ et roule quelques joints bien serrés. Vous mangez un petit souper bien simple, laissez la vaisselle sur le comptoir puis sortez vos planches de jeux et le déli-plaisir peut commencer.

La saine compétition embarque, le bruit des dés qui roulent sur la planche vous chatouille agréablement les oreilles, vous déplacez vos pions en vous racontant vos dernières anecdotes, vous prenez une gorgée de rouge en pigeant une nouvelle carte, vous riez. Beaucoup. Vous partez sur un débat étymologique épique en lisant le livret de règlements aux pages jaunies, vous tachez vos jeans de gras de chips puis un gagnant finit par être couronné.

Vous vous couchez finalement, heureux et repus.

 

Catégories :Ode

Matchmaking simpliste

novembre 19, 2010 9 commentaires

Les gens qui essaient de former des couples veulent tous bien faire, je ne remets pas cela en doute une seconde bien que certaines filles personnes semblent aussi le faire beaucoup un petit peu par goût du potin, c’est de bonne guerre.

J’ai dans mon entourage une tonne de ces personnes gentilles et bien intentionnées. Des gens qui sans cesse m’interrogent en se demandant « pourquoi don’ un bon parti comme toi est encore tout seul », un questionnement qui, selon moi, est de la belle marde à moins qu’il sorte de la bouche d’une tante fort en boisson un 24 décembre.

Cela dit, il y a un raisonnement que les cupidons des pauvres doivent tenter de bannir de leur esprit :

–          J’apprécie beaucoup la personne A

–          J’apprécie beaucoup la personne B

–          Les personnes A et B sont faites pour S’AIMER

Cessez. Siouplaît?

 

Catégories :Question de société

Mon truc pour boire gratiss

novembre 18, 2010 11 commentaires

Ce n’est plus à prouver qu’Opération Reboot n’est rien d’autre qu’une mission humanitaire à saveur pédagogique, une oasis de savoir dans l’aride blogosphère. C’est dans cet esprit d’entier don de soi que je vous donne mon meilleur truc pour me faire payer à boire dans une soirée remplie d’inconnus. Ce soir encore, je l’ai utilisé avec un franc succès.

Supposons, donc, que vous ayez été invité à une sympathique soirée. Vous ne connaissez que quelques personnes mais vous décidez quand même de vous y rendre. Après avoir fait le tour de vos rares connexions, vous commencez à jaser avec des nouvelles personnes, tranquillement. Lentement, vous amenez le sujet sur la voyance, le surnaturel. Il y aura toujours une ou deux personnes pour raconter une anecdote à ce sujet. Puis là, vous inventez une histoire selon votre feeling du moment :

« Moi j’avais une grand-tante qui était gitane et faisait de la cartomancie. Durant les années 30, elle est partie sur la côte est américaine où elle a voyagé en vivant de son art. Chaque année, elle revenait quelques semaines au Québec puis repartait Dieu seul sait où. Ma grand-mère l’a bien peu connu même si c’était sa propre sœur.

Puis lorsqu’elle est devenue trop vieille pour ce genre de vie nomade, elle est revenue s’installer ici pour de bon, elle est allée vivre dans une maison de retraités à 10 minutes d’où j’ai grandi. J’allais souvent lui rendre visite, elle me racontait un peu de sa vie, les hommes importants qu’elle avait rencontrés. Elle avait plusieurs photos en noir et blanc, souvent nous feuilletions ses vieux albums et elle me pointait des hommes en habit et à l’air sévère. Celui-là, me disait-elle, est un dirigeant d’une firme d’avocats à New York qui me demandait souvent conseil sur des gros dossiers. Celui-ci, renchérissait-elle, est le conseiller politique d’un ancien sénateur du Vermont qui me demandait mon avis sur la voie à prendre pour être élu. Je me souviens encore très bien de sa voix qui était très douce et de son accent aux teintes américaines. J’étais fasciné par son vécu, ses histoires, sans jamais vraiment me demander si le don de voyance existait vraiment.

Un jour cependant, elle est tombée très malade. La dernière fois que je l’ai vu, elle était vraiment mal en point. Je me souviens de la maigreur de son visage, de ses mains tremblantes. Ce jour-là, elle a dit qu’elle m’aimait bien et m’apprendrait quelques trucs. Alors on a passé l’après-midi avec un jeu de cartes et elle m’a expliqué ce qu’elle désignait comme « sa plus élémentaire technique ». Je ne l’ai jamais revu vivante après ce jour-là ».

Ajoutez à cela quelques anecdotes de votre grand-tante qui fait quelques prédictions INCROYABLES dans son hospice. Habituellement, si vous avez bien joué vos atouts, on vous demandera une démonstration de l’héritage que vous avez reçu. C’est là que le plaisir commence.

Vous demandez alors qu’on vous apporte un jeu de cartes ainsi que deux ou trois éléments hétéroclites que vous utilisez pour improviser un simili rituel ésotérique de bénédiction du jeu de cartes. Souvent, j’utilise un espèce de combo alcool fort et épices quelconques.

Vous prenez donc un premier volontaire et expliquez que pour qu’une voyance soit efficace, il faut que le demandeur fasse une offrande au cartomancien, offrande qui peut/doit bien entendu prendre la forme d’alcool. Après avoir reçu votre dû, vous demandez à la personne de poser sa question à voix haute puis vous y allez de rites improvisés. J’ai remarqué que plus vous impliquez le client, plus il sera satisfait. Donc n’hésitez pas à lui faire couper souvent les cartes, à les brasser, etc. Profitez-en pour lui poser des questions, essayez de cerner ce qu’il souhaite entendre.

Si vous êtes habiles, les gens deviendront curieux. Non seulement on vous donnera beaucoup d’alcool, mais en plus, vous aurez la chance de parler à plusieurs nouvelles personnes. Et pour les messieurs, si vous parvenez en plus à être drôle dans votre rôle de bohémien d’occasion, je peux vous garantir que vos chances de scorer ce soir-là exploseront.

Amusez-vous, jeunes gens fougueux.

 

Catégories :Théorie

L’appel que je ne recevrai jamais

novembre 17, 2010 12 commentaires

Oui? Jérôme? Euh salut, euh… c’est ton père. Ouais ben, euh, écoute, j’ai parlé à ta mère pis elle m’a dit là, pour ta job là, que tu laissais ça là pis toute. Écoute mon gars, j’pas bon pour parler pis ces affaires là mais j’voulais rien qu’te dire que j’t’appuyais là d’dans.

J’t’apprends surement rien mon gars si j’te dis que j’ai toujours haïs ma job. Je l’sais c’est quoi se lever l’matin criss pis trouver ça lourd à chaque fois. J’men viens vieux pis j’réalise ben que j’ai laissé ça empoisonner ma vie. Si j’bois à tous les soirs depuis 20 ans, c’ta cause de ça, de c’te crisse de job là. Faque quand j’ai su que toi, tu l’faisais ton move, ben ça m’a soulagé.

Parce que j’veux pas que tu finisses comme moé, saoul mort toué soirs. Un jour mon homme, j’te souhaite d’avoir des enfants pis d’être heureux dans c’que tu fais. Pour toé mais pour eux aussi. Parce que je le sais qu’à cause de ça j’ai pas été un bon père. Si tu savais comme j’trouve ca rough quand j’y pense, ça m’ronge par en d’dans.

J’pense à quand t’étais jeune pis j’pouvais pas aller t’voir jouer au baseball le samedi après-midi parce que j’tais d’jà chaud raide pis parce que j’avais honte de moé aussi. Ou ben à la fois où t’avais été nommé meilleur étudiant d’l’école au gala Méritas pis pendant s’temps là j’ronflais fort dans salle parce que j’tais ben rond. J’te l’ai jamais dit mais le lendemain, j’t’allé faire une photocopie du certificat que t’avais mis dans ta chambre pis je l’ai collé dans mon casier à shop.

Tu devrais m’voir quand j’parle de toé au gars d’la job. J’te l’ai jamais dit criss, j’pas bon pour ça, mais j’suis fier de toé. J’te vante à tout l’monde, j’ai un fils brillant pis souvent j’me sens triste d’avoir rien eu à voir là d’dans. J’leur dis depuis toujours que mon gars c’est vraiment quelqu’un, qu’un jour y va faire quequ’chose de grand.

J’veux juste te dire que peu importe c’est quoi ce quequ’chose, ce que tu décides de faire asteur que tu lâches ça ce job là, ben j’t’appuie. J’t’appuie parce que j’t’aime mon gars pis j’ai confiance en toi.

 

Catégories :Dans ma tête, Entourage