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Capoter

C’était un vendredi qui s’annonçait morne. Matinée tranquille, effoiré sur le sofa à écouter Des Kiwis et des hommes en bobette, une main sous le calecif et une autre dans une boîte de Froot Loops jusqu’à ce que Benoît m’envoie un message texte me disant de me préparer à me suiter up parce que ce soir-là, j’allais crasher son party de Noël de bureau. Le genre de truc que j’adore.

Ben travaille pour une boîte d’assurance alors on se dit que je pourrais me pointer là en tant que représentant un peu louche d’un bureau de courtage lointain dans les maritimes. Sans trop me poser de question, je me prépare en après-midi puis me rends à l’hôtel où a lieu la réception et me dirige au stationnement où Ben m’attend avec 2 collègues et un 40 onces de vodka bien entamé. Je m’envoie donc quelques rasades, question de me mettre un peu dans le beat party de bureau puis on rentre dans la salle de réception où je passe ben smooth à l’entrée. Bingo.

Après avoir mis au parfum quelques collègues et chummys de Benoît quant à notre petit subterfuge ludique, on s’est ramassé une petite gang à abuser sans vergogne des amuses-gueules et siphonner les apéritifs en quêtant des coupons d’alcool gratuit aux filles cutes des ressources humaines. Puis lentement, les gens ont commencé à s’attabler et des dizaines de serveuses sont sorties de nulle part avec une quantité aberrante de bouteilles de vin. Prévoyant, je décide d’aller faire un petit tour aux toilettes avant le repas.

Ma vessie délestée, je retourne dans la salle de réception pour m’apercevoir que tout le monde est assis. Je scrute la salle à la recherche d’une chaise vacante puis finis par en apercevoir une non loin du petit stage qui avait été monté dans la salle. Je vais donc m’y asseoir nonchalamment et commence à siroter le verre de vin rouge qu’on me verse dès mon arrivée. J’écoute distraitement les conversations des autres convives à la table en textant Benoit pour le mettre à jour quant à ma situation lorsqu’une fille monte sur la scène et s’empare du micro en se lançant dans un petit discours pré-soirée. Puis elle dit:

-Et maintenant, veuillez accueillir notre vice-président, Louis Bélanger.

C’est à cet instant que le dude assis directement à ma droite se lève et monte sur la scène. Pour reprendre une expression bien de chez nous, je me chiais sur le torse. Mon petit coeur battait vite-vite.

Je n’écoutais pas un mot de ce qu’il disait, je pensais seulement à ce que j’allais raconter, à ce que j’allais inventer s’il me demandait qui est-ce que j’étais. Alors lorsqu’il a déclaré les hostilités ouvertes, je ne partageais pas l’allégresse ambiante. Il est venu se rasseoir et j’ai avalé une immense gorgée de vin en fermant les yeux, curieux de voir ce qui surviendrait.

Le souper se déroule rondement, la fréquence de refill sur l’alcool est fantastique, le boeuf est cuit avec justesse et la sauce qui l’accompagne est superbe. Très tranquille au début, ma langue se délie un peu plus à chaque fois que je réussis à voir le fond de mon verre avant qu’il ne se retrouve noyé à nouveau. Rendu au dessert, j’en suis à faire des high fives avec le directeur de l’indemnisation pour la province du Québec et à m’ostiner au sujet de Michael Vick avec l’actuaire désigné, Gilles et Serge, deux chics types que je salue au passage.

Après quoi, Ben vient me sauver et me rapatrie à sa table déjà jonchée de bouteilles vides et je me joins à l’oeuvre collective. Entre temps, quelques tables sont déplacées et le DJ entre en fonction et la soirée atteint un autre stade. On se déplace donc vers le dancefloor et nous sommes en fucking feu. Puis après une dizaine de minutes, Ben s’approche:

-Elle est célibataire.

-De quoi tu parles, mon gars?

-La fille que tu checkes depuis tantôt mon criss, elle est célibataire.

-J’vois pas de quoi tu parles.

-Niaise pas grand tarlat, en ouaille, ça fait deux trois fois qu’elle te regarde mon esti.

Alors je m’avance, le pas mal assuré et lui lance un sourire rouge vin des plus gagnants avant de lui demander simplement: « Tu danses? »

Sans dire mot, elle opine puis m’entraîne vers la piste de danse en me tenant par la main et en me regardant directement dans les yeux. Je ne sais pas si c’était à cause de tout l’alcool ingurgité, mais à ce moment-là, mes jambes sont devenues molles comme de la guenille. On a dansé pendant plusieurs tounes, toujours un peu plus collés, un peu plus dangereusement attirés, un peu plus attisés. Puis entre deux chansons, elle s’approche de mon oreille et me glisse:

-Je suis tanné d’être ici, si on allait ailleurs?

-Ça tombe bien, je n’ai même pas le droit d’être ici.

Il y a eu la surprise, 1 seconde ou 2, puis elle s’est mise à rire. À cet instant-là, j’aurais tout donné pour réentendre cet éclat de rire, pour revoir ses yeux briller. S’il y a des bombes ou des balles qui donnent la mort, je vous le dis, il y a des sourires qui donnent la vie.

On a filé aux vestiaires, le temps de ramasser nos manteaux et nous étions partis. On a marché longtemps sur St-Jean puis on s’est arrêté dans un vieux snack. En dedans, ça sentait l’huile à frire et le vinaigre, c’était parfait. On s’est pris une banquette et commandé une grosse poutine puis on a jasé.

On a parlé de Magellan et de son tour du monde, du jus d’orange qui goûte mauvais quand tu viens de te brosser les dents, de la wildness supposée de Véronique Cloutier, de la chienne d’avoir l’Alzheimer, des Ah Caramel de Vachon, des cheveux de Guy Lafleur.

On a parlé du show des Beatles qu’on aurait voulu voir, mais tsé, à Hambourg, pas aux States dans un grand stade avec les cris de la foule qui sont comme des vuvuzélas de nymphettes, des meilleurs jeux de Super Nintendo, de l’envie d’avoir des enfants dans un monde somme toute cool, de la taille du sexe de Guy Mongrain et du party mix idéal (bretzels, doritos et ringolos, obviously).

J’ai payé l’addition et je l’ai reconduite à sa voiture où je lui dit:

-Faque là c’est le bout où je capote dans ma tête parce que je te trouve trop hot pis que je deviens gêné pis pas game de t’emb…

Et là on s’est frenché vraiment longtemps même s’il faisait tellement froid et qu’on grelottait en malade. Elle est finalement partie et moi j’ai regardé sa voiture filer au loin tant que j’ai pu pendant que mon coeur me cognait fort dans la poitrine.

Pis je l’ai revue hier. Et aujourd’hui. Pis là je capote. J’capote en criss.

 

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Catégories :Anecdote
  1. décembre 20, 2010 à 6:37

    Wow. Si c’est pas une fiction, ça fait un sacré beau début d’histoire. Me dire que des histoires comme ça ça arrive, ça me met un beau de baume sur le coeur. Je te souhaite que ça marche.

  2. décembre 20, 2010 à 8:00

    C’tu moi où ça fait trop arranger avec le gars des vues pour une finale en beauté ? 😛
    Mais sinon, je seconde, cute, cute l’histoire.

  3. décembre 20, 2010 à 10:42

    Awwwww…. 🙂

    Moi je veux même pas penser que c’est p-ê de la fiction comme les deux autres en haut bon.

    C’est cute pis j’aime ça.

    Re-awwww…. 🙂

  4. décembre 20, 2010 à 2:59

    Cute! Je te souhaite que ce ne soit pas une fiction!

  5. décembre 20, 2010 à 10:48

    Ça sonne comme un beau début tout ça! Vrai ou pas, on souhaite tous une histoire du genre!

  6. décembre 21, 2010 à 6:10

    Hein!!??? J’étais où le 20 décembre??? J’ai manqué ça! Wow! contente pour toi! Maudit chanceux! 🙂

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