Archive

Archive for the ‘Anecdote’ Category

Capoter

décembre 20, 2010 6 commentaires

C’était un vendredi qui s’annonçait morne. Matinée tranquille, effoiré sur le sofa à écouter Des Kiwis et des hommes en bobette, une main sous le calecif et une autre dans une boîte de Froot Loops jusqu’à ce que Benoît m’envoie un message texte me disant de me préparer à me suiter up parce que ce soir-là, j’allais crasher son party de Noël de bureau. Le genre de truc que j’adore.

Ben travaille pour une boîte d’assurance alors on se dit que je pourrais me pointer là en tant que représentant un peu louche d’un bureau de courtage lointain dans les maritimes. Sans trop me poser de question, je me prépare en après-midi puis me rends à l’hôtel où a lieu la réception et me dirige au stationnement où Ben m’attend avec 2 collègues et un 40 onces de vodka bien entamé. Je m’envoie donc quelques rasades, question de me mettre un peu dans le beat party de bureau puis on rentre dans la salle de réception où je passe ben smooth à l’entrée. Bingo.

Après avoir mis au parfum quelques collègues et chummys de Benoît quant à notre petit subterfuge ludique, on s’est ramassé une petite gang à abuser sans vergogne des amuses-gueules et siphonner les apéritifs en quêtant des coupons d’alcool gratuit aux filles cutes des ressources humaines. Puis lentement, les gens ont commencé à s’attabler et des dizaines de serveuses sont sorties de nulle part avec une quantité aberrante de bouteilles de vin. Prévoyant, je décide d’aller faire un petit tour aux toilettes avant le repas.

Ma vessie délestée, je retourne dans la salle de réception pour m’apercevoir que tout le monde est assis. Je scrute la salle à la recherche d’une chaise vacante puis finis par en apercevoir une non loin du petit stage qui avait été monté dans la salle. Je vais donc m’y asseoir nonchalamment et commence à siroter le verre de vin rouge qu’on me verse dès mon arrivée. J’écoute distraitement les conversations des autres convives à la table en textant Benoit pour le mettre à jour quant à ma situation lorsqu’une fille monte sur la scène et s’empare du micro en se lançant dans un petit discours pré-soirée. Puis elle dit:

-Et maintenant, veuillez accueillir notre vice-président, Louis Bélanger.

C’est à cet instant que le dude assis directement à ma droite se lève et monte sur la scène. Pour reprendre une expression bien de chez nous, je me chiais sur le torse. Mon petit coeur battait vite-vite.

Je n’écoutais pas un mot de ce qu’il disait, je pensais seulement à ce que j’allais raconter, à ce que j’allais inventer s’il me demandait qui est-ce que j’étais. Alors lorsqu’il a déclaré les hostilités ouvertes, je ne partageais pas l’allégresse ambiante. Il est venu se rasseoir et j’ai avalé une immense gorgée de vin en fermant les yeux, curieux de voir ce qui surviendrait.

Le souper se déroule rondement, la fréquence de refill sur l’alcool est fantastique, le boeuf est cuit avec justesse et la sauce qui l’accompagne est superbe. Très tranquille au début, ma langue se délie un peu plus à chaque fois que je réussis à voir le fond de mon verre avant qu’il ne se retrouve noyé à nouveau. Rendu au dessert, j’en suis à faire des high fives avec le directeur de l’indemnisation pour la province du Québec et à m’ostiner au sujet de Michael Vick avec l’actuaire désigné, Gilles et Serge, deux chics types que je salue au passage.

Après quoi, Ben vient me sauver et me rapatrie à sa table déjà jonchée de bouteilles vides et je me joins à l’oeuvre collective. Entre temps, quelques tables sont déplacées et le DJ entre en fonction et la soirée atteint un autre stade. On se déplace donc vers le dancefloor et nous sommes en fucking feu. Puis après une dizaine de minutes, Ben s’approche:

-Elle est célibataire.

-De quoi tu parles, mon gars?

-La fille que tu checkes depuis tantôt mon criss, elle est célibataire.

-J’vois pas de quoi tu parles.

-Niaise pas grand tarlat, en ouaille, ça fait deux trois fois qu’elle te regarde mon esti.

Alors je m’avance, le pas mal assuré et lui lance un sourire rouge vin des plus gagnants avant de lui demander simplement: « Tu danses? »

Sans dire mot, elle opine puis m’entraîne vers la piste de danse en me tenant par la main et en me regardant directement dans les yeux. Je ne sais pas si c’était à cause de tout l’alcool ingurgité, mais à ce moment-là, mes jambes sont devenues molles comme de la guenille. On a dansé pendant plusieurs tounes, toujours un peu plus collés, un peu plus dangereusement attirés, un peu plus attisés. Puis entre deux chansons, elle s’approche de mon oreille et me glisse:

-Je suis tanné d’être ici, si on allait ailleurs?

-Ça tombe bien, je n’ai même pas le droit d’être ici.

Il y a eu la surprise, 1 seconde ou 2, puis elle s’est mise à rire. À cet instant-là, j’aurais tout donné pour réentendre cet éclat de rire, pour revoir ses yeux briller. S’il y a des bombes ou des balles qui donnent la mort, je vous le dis, il y a des sourires qui donnent la vie.

On a filé aux vestiaires, le temps de ramasser nos manteaux et nous étions partis. On a marché longtemps sur St-Jean puis on s’est arrêté dans un vieux snack. En dedans, ça sentait l’huile à frire et le vinaigre, c’était parfait. On s’est pris une banquette et commandé une grosse poutine puis on a jasé.

On a parlé de Magellan et de son tour du monde, du jus d’orange qui goûte mauvais quand tu viens de te brosser les dents, de la wildness supposée de Véronique Cloutier, de la chienne d’avoir l’Alzheimer, des Ah Caramel de Vachon, des cheveux de Guy Lafleur.

On a parlé du show des Beatles qu’on aurait voulu voir, mais tsé, à Hambourg, pas aux States dans un grand stade avec les cris de la foule qui sont comme des vuvuzélas de nymphettes, des meilleurs jeux de Super Nintendo, de l’envie d’avoir des enfants dans un monde somme toute cool, de la taille du sexe de Guy Mongrain et du party mix idéal (bretzels, doritos et ringolos, obviously).

J’ai payé l’addition et je l’ai reconduite à sa voiture où je lui dit:

-Faque là c’est le bout où je capote dans ma tête parce que je te trouve trop hot pis que je deviens gêné pis pas game de t’emb…

Et là on s’est frenché vraiment longtemps même s’il faisait tellement froid et qu’on grelottait en malade. Elle est finalement partie et moi j’ai regardé sa voiture filer au loin tant que j’ai pu pendant que mon coeur me cognait fort dans la poitrine.

Pis je l’ai revue hier. Et aujourd’hui. Pis là je capote. J’capote en criss.

 

Publicités
Catégories :Anecdote

Shining

décembre 16, 2010 10 commentaires

J’ai vu trois fois le film Shining dans ma vie.

La première fois j’avais 9 ans, c’était durant le temps des fêtes et j’avais eu le droit de me coucher ben tard parce que personne ne s’occupait de moi dans la maisonnée. J’avais écouté le film au sous-sol avec mon frère et j’avais eu la chienne de ma vie. J’ai dû dormir avec la lumière allumée pendant au moins une semaine après et il y avait mon frère qui n’arrêtait pas de murmurer « Reeeedrum », l’esti.

La deuxième fois j’avais 16 ans, je venais d’avoir mon permis de conduire et ma première voiture qui avançait capricieusement et avait des odeurs un peu louche. J’étais chez une fille dont les parents étaient partis pour la fin de semaine et on avait décidé de louer ça. On était sous une couette de polar et la fille me serrait aberrament fort le bras dès qu’il se passait de quoi dans le film. Pis moi je faisais mon gars de 6’2 beeen en contrôle qui trouve ça comique mais honnêtement, j’aimais pas ça TANT que ça. J’suis rien qu’une p’tite moune.

La troisième fois, c’était hier. J’avais décidé de me claquer un marathon de Stanley Kubrick et j’ai terminé avec Shining. Pis là, j’suis sûr qu’il y a des jumelles qui m’attendent dans le corridor ou que Jack Nicholson va défoncer ma porte avec une hache à fucking tout moment.

 

Catégories :Anecdote

Et après?

décembre 15, 2010 6 commentaires

Je ne vous ai pas encore parlé de ma vie post-démission si ce n’est que mon petit périple juste après. Je pense avoir un plan plutôt précis (dont je vous parlerai bien un jour) pour la suite des choses et disons que ça me laisse quelques semaines off. Alors je prends ça tranquillement.

J’ai commencé par dormir des heures et des heures. Je me levais pour boire des grands verres d’eau puis me réveillais quelques heures plus tard pour les évacuer. Les rideaux fermés, mon cadran débranché, j’ai perdu la notion du jour et de la nuit pendant un genre de 72 heures où je n’ai que dormi et lu des biographies. Je n’avais plus de vie, je lisais celles des autres.

Après quoi j’ai lavé tous les moindres recoins de mon appartement en écoutant ça. Puis j’ai reclassé les livres de ma bibliothèque en ordre alphabétique d’auteur, puis en genre, puis par couleur de couverture. C’était d’un chic fou m’dame la Marquise. J’ai réparé les armoires qui ne fermaient pas convenablement et repeinturé le plafond de la salle de bain. Puis le septième jour, je me suis reposé en sanctifiant ce saint jour.

Et là, je suis rendu avec mon petit beat quotidien. Je me lève relativement tôt pour écouter Des kiwis et des hommes où Francis Reddy est fucking fumant à l’animation, genre pour vrai vrai. Après je vais marcher dehors quand la neige n’est pas trop incommodante. Je m’arrête dans un café et attrape le journal du jour que je lis en sirotant ma tasse.

Je vais ensuite dîner dans un pub avec des amis, courir aux plaines d’Abraham, me claquer Sur les traces du Père Noël en VHS ou écouter 22 chroniques d’Alexandre Barrette dans midi Morency, emmailloté dans mon couvre-lit.

Des fois je m’ennuie du monde de la job, genre Daniel ou Béatrice. J’ai beau ne pas aimer un boulot, je trouve toujours ça triste parce que tu quittes des gens que tu risques de ne plus revoir. Ça me fait penser à cet emploi d’été dans une shop de pain où je mettais des cabarets de plastiques sur un convoyeur pendant des shifts de 8 heures et où j’avais braillé comme une fillette quand l’été avait fini même si je haïssais ça pour mourir.

Pis des fois je trouve le temps long. Je pense aux personnes âgées, aux BS assistés sociaux, aux employés municipaux qui « surveillent » les patinoires et je me dis que le temps doit tellement être long, que les minutes vides doivent éroder un peu plus chaque jour. Sauf qu’il ne faut pas que je pense trop à ça parce que des fois j’ai la chienne de vieillir seul pis je me mets à paniquer, mettons.

Alors pour éviter de virer fou, j’essaie de m’occuper incessamment. J’aurais presque le goût de me trouver une jobine. Ou de m’acheter un tamagochi.

(Quand même ironique de faire un billet sur mon quotidien après celui d’hier...)

 

Catégories :Anecdote, Bilan

La magie de Noël

décembre 12, 2010 7 commentaires

1994. Faque Noël était encore au chalet de mononcle Sylvain ct’année. D’habitude c’est tout l’temps poche Noël, ct’année encore, j’pensais ben que ça s’rait encore plate. Au début, y’avait juste papa pis mononcle qui se criaient après pis qui parlaient du référindum. Pis moi, ben moi j’sais pas c’est quoi l’référindum.

Faque j’tais assis sur une chaise t’sé, pis j’attendais qu’la veillée passe. J’checkais juste deux affaires: l’horloge pis la porte. J’guettais la porte tout l’temps. S’parce que j’espérais que mon parrain arrive. Ça fait trois ans qui pouvait pas v’nir. Maman a dit que s’parce qui travaille pour Dans l’Nord. J’sais pas sont qui Dans l’Nord mais y font chier, même si ma mère a dit que s’pas correct dire chier.

Pis là vers minuit, la porte est ouverte pis s’tait lui. S’tait tellement cool là. Y’a serré les mains de tout le monde pis y’est v’nu me parler. On a joué aux cartes pendant longtemps pis il me parlait comme une grande personne. S’pour ça que je l’aime moi, mon parrain. Pis quand il a commencé à être vraiment tard, j’t’allé m’coucher sur la pile de coat d’hiver. Ct’année, s’tait le plus hot des Noël.

——–

Boulevard Laurier, un samedi après-midi de décembre un peu frisquet, les voitures s’entassent lentement, bouchonnant les artères qui mènent aux divers centres d’achats. À la queue, chacun attend avec impatience la prochaine lumière verte tandis que les ondes radiophoniques regorgent de reprises de chansons de Noël. Chaque intersection est une tranchée où chacun des cloportes à 4 roues bataille pour sa parcelle d’asphalte.

Je suis dans ma voiture à l’habitacle exigu et j’attends plus ou moins patiemment de pouvoir finalement pénétrer dans le stationnement du centre Laurier. Lorsque la lumière tourne enfin au vert, j’appuie sur le gaz avec véhémence, manquant de peu renverser un piéton qui pataugeait dans la gadoue des trottoirs.

Commence alors la lutte acharnée, la recherche épique d’une place de stationnement. Les voitures se bousculent, les chauffards s’invectivent en maraudant dangereusement, c’est une ruée vers le bitume vacant qui n’est pas sans rappeler la ruée vers le Klondike. J’attends toujours, cela dit, le Lucky Luke du parking.

Garé à des fucking lieux du centre commercial, j’entreprends donc un périple en direction de l’antre du katching pis de pleins de bruits d’argent d’même. Après avoir établi campement à mi-chemin, contrer vents et marées, j’arrive finalement en terre promise de la consommation, je suis le Moise du lecteur blue ray à rabais.

Sur place, c’est la folie comme fucking furieuse. Des mères de famille spumescentes courent avec des dizaines de sacs d’achats, ce sont les hommes forts de RDS qui rencontrent la boutique TVA. Je peux sentir le champ qui émane des bandes magnétiques des cartes de crédit, j’vous le jure que je le sens. Pis j’suis sûr que c’est cancérigène, man.

Les panneaux réclames tapageurs me bombardent tandis qu’une vendeuse de jewels me zyeute comme pas une Cubaine en quête d’asile politique ne saurait le faire sur un dancefloor de tout compris dans une tentative éhontée de me soutirer quelques précieux dollars. J’vous le jure, à ce moment-là, Céline Dion qui chantait Noël en background avait des touches de psychédélismes.

La masse s’entasse dans les librairies, les disquaires, les magasins de jouets. On achète avec une fièvre orthodoxe et les magasins de bébelles à une piastre, c’est la ciboire de Mecque. Ça et là, je vois des hommes en sueurs, la jugulaire plus gonflée que la réputation de Michel Bergeron, tendre leurs mains avec voracité pour cueillir gilets de sport, coffrets DVD et jeux vidéos. J’ai comme le vertige.

Les gens sont agressifs, impatients. Ça gronde. Je ne sais pas si c’est l’air vicié de monoxyde de carbone des stationnements souterrains qui affecte les gens mais tous ont la pupille dilatée et il y a une tension feutrée qui flotte et menace. La vie est un cover de La Course aux jouets et j’ai peur de me faire décrisser par un tackle d’Arnold à chaque bout d’allée.

On joue du coude, on délie les cordons des bourses avec une hardiesse folle. Une dame atteint l’orgasme en s’emparant d’un dvd de Twilight, un p’tit homme est en extase devant une pile de LEGO, une jeune femme en transe sert un sac à main fort fort contre sa poitrine. Je passe à la caisse comme un automate, le regard un peu vide tandis que la caissière scanne machinalement jeux de ps3, bouquins, boîtes de chocolats,

Je retourne lentement à ma voiture garée tellement loin. Marche à mes côtés une fille dans la trentaine, sourire aux lèvres, qui traine des sacs de vêtements et de chaussures. Elle a l’air heureuse. C’est ça, après tout, la magie des fêtes.

Catégories :Anecdote

Toucher le fond

décembre 9, 2010 6 commentaires

Voilà plusieurs semaines que je sens que mon tube de dentifrice achève. Flétri un peu plus tous les jours, je m’évertuais un peu plus chaque matin à le taponner un peu plus pour finalement extraire un peu de liquide. Les plus intrépides adeptes du symbolisme freudien y verraient sans doute là une judicieuse allégorie du deuil phallique de la dame au vieillissant conjoint.

Je pourrais aussi vous entretenir de la métaphore du même type que la vieille plante de mon salon m’inspire, cette plante qui chaque jour s’assèche un peu, perd de son tonus et s’affaisse dans une fatalité toute newtonienne. Passons cependant.

Tout ça pour dire que ce matin, je n’ai pas réussi à sortir suffisamment de pâte de mon tube et que je suis désormais en deuil. Croyez-moi, j’ai essayé fort de le réanimer, lui prodiguant les premiers soins, effectuant un massage cardiaque, approchant ma brosse en espérant cueillir un peu de dentifrice, signe de vie. Mais non. Au moins, je l’aurai abusé jusqu’à la fin, le pressant comme le ferait un gérant avec une gamine chanteuse de Charlemagne.

Que les gens qui commençaient à croire que le titre Toucher le fond était un INCROYABLE jeu de mots pour parler du fond de mon tube de dentifrice se ravisent, il s’agissait bien plus d’une allusion au fait que niveau contenu, Opération Reboot touche aujourd’hui le fond.

FAQUE…

Catégories :Anecdote

Les rêves retrouvés

décembre 8, 2010 11 commentaires

Il y a bien peu de choses qui soient plus vulnérables qu’un lépidoptère. Chenille, il tend à se mélanger avec son milieu en adoptant sa couleur, sa forme. Chrysalide, l’insecte est alors immobile et impuissant. Fixé à une tige et enrubanné de soie, il tente alors d’être confondu avec le feuillage ambiant.

C’est cependant à l’âge adulte, une fois papillon, que l’insecte déploie son camouflage le plus complexe afin de survivre. La pigmentation bigarrée des ailes, la précision de leur coloration ainsi que leurs formes diverses rendent le papillon difficilement repérable. Le sphinx du liseron, par exemple, se confond parfaitement avec l’écorce des arbres. Le Morpho bleu a quant à lui des ailes bleues iridescentes et une envergure de sept pouces. Le dessous de ses ailes étant sombre, le Morpho semble disparaître lorsqu’il se met à voler.

C’est ainsi qu’en se camouflant avec finesse, le papillon vivra, s’il est chanceux, quelques jours.

———-

Je ne savais pas où j’allais. J’ai décidé d’allé à l’Est parce que le soleil couchant dans mon rétroviseur, ben je trouvais ça crissement beau. J’ai arrêté au service à l’auto du McDo de Rivière-du-loup puis je suis reparti, mon casseau de frites entre les jambes, mon Coke diète dans le support à café, un cheese double dans la main gauche. Je mangeais en roulant à 140 sur la 20, j’sais pas, j’étais pressé d’arriver nul part.

J’ai roulé en écoutant du Oasis très fort, en chantant comme un perdu dans mon char, en ne répondant pas aux textos de mon coloc qui me demandait ce que je faisais. J’ai finalement décidé d’arrêter ma route ce jour-là à Matane où je me suis booké une chambre dans un motel crade puis suis allé me saouler dans une taverne déserte, enfilant les Jack Daniels sur un fond de The Doors. J’ai retraité à mon motel en marchant lentement, ben gorlot. Je marchais dans un tout petit quartier sans lumière, il y avait une petite brise et un ciel complètement dégagé rempli d’une quantité incroyable d’étoiles. J’ai l’impression que comme moi, c’est loin de la civilisation que la Voie lactée s’épanouit le plus.

Puis j’ai dormi 12 heures d’affilée alors que d’ordinaire, je souffre d’insomnie, ne dormant presque jamais plus de 5 heures de suite. Je me suis réveillé serein. Calissement serein. J’ai pris une brève douche puis suis allé marcher dans la ville à la recherche d’un endroit pour manger. Sans réfléchir, j’ai pénétré dans un espèce de bistro-bouquinerie où régnait une odeur de café prodigieuse. J’ai sillonné entre les diverses étagères, errant à la recherche d’un bouquin, caressant ça et là une reliure, effleurant du regard quelques quatrièmes de couverture. Et lorsque j’ai aperçu une vieille édition amochée de The Catcher in the Rye à 2.50, le sort en était jeté.

Je me suis installé au comptoir et Renée, la propriétaire des lieux, m’a refilé un café et une brioche, comme ça, sans que je lui demande. On s’est mis à jaser, elle m’a parlé de ses enfants qui ne revenaient pas souvent, je lui ai conté que je venais de crisser ma job là, elle m’a montré des photos de son mari décédé, je lui ai parlé du père que je n’ai pas. On est resté là à jaser, deux heures après la fermeture du café. Puis elle m’a invité à souper chez elle, j’y suis allé, on a bu du vin, j’ai ri à en avoir mal, ri à en pleurer, des larmes de joie oui, mais des larmes parce que je n’arrivais pas à me rappeler la dernière fois que j’avais ri comme ça aussi, un peu.

J’ai dormi sur son canapé dans son salon. Le lendemain, on a déjeuné très tôt, sans vraiment parler. Puis quand je me préparais à franchir le cadre de porte pour repartir, on s’est regardé directement dans les yeux et on s’est fait l’accolade sans rien dire. Et je suis parti, comme ça. C’était un de ces moments que la vie vous offre sans demander son reste.

J’ai ensuite pris le traversier pour aller à Baie-Comeau, puis à Tadoussac. J’ai fait faire un changement d’huile à Jonquière, j’ai longé le fleuve jusqu’à Montréal où j’ai fait une virée mémorable avec des vieux amis, je suis descendu à Sherbrooke avant de revenir à Québec, 7 jours plus tard.

Et en une semaine sur la route, on a du temps pour penser. Beaucoup de temps.

Je me suis demandé si j’avais encore des rêves. Lorsque j’étais jeune, la réponse était claire, limpide. Je rêvais de devenir journaliste sportif, de rencontrer Patrick Roy, sortir avec Sophie Aubin, marcher sur la lune, écrire un livre, changer des vies. Puis lentement, ma capacité au rêve s’est émoussée puisque je me méprends trop souvent à confondre cynisme et maturité.

J’ai longtemps eu cette conception que le bonheur serait quelque chose d’exceptionnel, une panacée qui me tomberait bien un jour dessus, que Dieu m’en enverrait une caisse à moment donné comme une batch de cailles aux Hébreux pendant l’Exode. J’ai longuement attendu ce coup de foudre, cette nouvelle passion dévorante, ce bonheur imminent que j’attendais à tout moment.

Pour le reste, je survivais, me disant qu’un jour, et bien un jour je serais heureux. J’attendais juste l’explosion, l’amour fou, la vie qui surgirait.

Et à attendre comme ça, on se confine aux lignes de côtés, on stagne, inerte et amorphe, se laissant passivement porter par le lent cours de la vie. Chuck Palhaniuk a une image que je trouve très forte pour décrire cette espèce d’atonie lorsqu’un de ses personnages dit: More and more, it feels like I’m doing a really bad impersonation of myself.

Lentement, j’ai rangé mes rêves un à un dans un placard bien scellé, avec le zèle du mec qui se dit finies les folies.J’étais comme un vieil homme qui rangeait les armes pour prendre sa retraite. Je prenais ma retraite du rêve.

Je suis devenu peu à peu le zombie que j’étais le 23 janvier lorsque j’ai commencé l’Opération Reboot, quelqu’un qui se fond dans la masse, qui remise ses désirs, les laisse prendre la poussière impunément. J’étais en apnée, fonctionnais par mimétisme, simple réflexe de survivance.

Et dans les derniers mois, dernières semaines, j’ai réalisé qu’au fond, je suis heureux. J’en parlais un peu ici, il y a tant de choses que j’aime de ma vie. J’aime les gens qui m’entourent pis j’pense que j’aime ce que je suis devenu, avec mes travers pis mes doutes mais aussi mes qualités et mon vécu. Pis même si je ne suis pas devenu l’astronaute que je voulais ou l’écrivain que j’idéalisais, ben je pense que je m’enligne pas pire pantoute comme humain

Et même si je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, que lorsque je ferme la lumière de ma lampe le soir il m’arrive de ne pas trouver le sommeil parce que j’ai la chienne de finir seul, d’échouer, je sens que les choses lentement changent, que j’entre dans une nouvelle ère

L’ère des rêves retrouvés.

The Black Mail

novembre 23, 2010 17 commentaires

Les gens choqués par les blagues un peu limites ne devraient pas lire ce post. Pour les autres:

À la job, nous sommes 5 gars environ du même âge à œuvrer dans divers départements. Il y a peut-être trois mois de cela, on a instauré un truc qu’on a appelé The Black Mail. Grossièrement, c’est un courriel qu’un de nous a envoyé aux quatre autres qui contenait une blague plutôt salée. Et parce que le temps est long lorsque la besogne se fait rare (chose commune chez mon employeur), chacun s’est mis à répondre en conservant l’historique.

Ça a commencé tranquillement, à quelques blagues par jour. Puis de jour en jour, de semaine en semaine, l’email est devenu excessivement long, chaque ajout créant un effet boule de neige. Une fois de temps en temps, je voyais un petit pop-up m’indiquer que le mail RE :RE :RE :RE :RE :… :RE : The Black Mail venait de rentrer, c’était ma pause divertissement de l’heure qui venait d’arriver.

On s’entend, ça ne vole jamais haut, on dirait vraiment une gang de cégépiens qui s’amusent à essayer d’être outrageux de façon un peu niaise. Sauf que fuck qu’on rigole.

Parfois, ce sont des blagues racistes :

« Qu’elle est la différence entre une pizza et un noir? La pizza peut nourrir une famille »

Des jokes d’holocauste :

« Qu’est-ce qu’un oiseau dit au dessus d’un camp de concentration? Cuit, cuit. »

Des plaisanteries salaces à teintes pédophiles :

« Comment faire pleurer une petite fille deux fois? Tu essuies ton pénis plein de sang sur son toutou préféré. »

Des pitreries caustiques sur l’inceste :

« Comment tu sais que ta sœur a ses règles? Le pénis de ton père goûte différent. »

Ou des devinettes choquantes :

« Qu’on en commun Guy Cloutier et Ginette Reno? Les deux rentrent serrés dans du 12 ans. »

Et c’est comme ça pendant 3 mois. Des pages d’historique de trucs abominables et salaces. Nous étions comme un petit groupe fermé de gars qui s’entretiennent secrètement par email, ça rajoutait un cachet singulier à cet humour noir. Ça, c’était avant aujourd’hui, avant qu’un des gars fasse une fausse manœuvre et envoie The Black Mail à tout son département.

En 1 heure, j’ai l’impression que tout le monde dans la compagnie a vu le mail, ça c’est propagé comme une trainée de poudre. En l’espace de 60 minutes, je suis passé de coqueluche des productrices de sucre à crème à petit voyou de ruelle, de propret garçonnet à émule diabolique de Mike Ward.

Demain matin, les cinq mousquetaires du Black Mail ont été convoqués à un beau petit meeting avec les RH. Je suis curieux de voir ce qu’on nous dira. Anyway, je termine vendredi.

MAJ: Après une houleuse réunion où l’on s’est fait savonner comme des gamins à la petite école, les gars ont reçu une sanction qui se voulait exemplaire d’une journée de congé forcé sans solde pour « usage indu des ressources informatiques ». Quant à moi, étant donné que j’ai une shitload de dossier à compléter d’ici vendredi, les hautes instances ont décidé de faire preuve d’une suave miséricorde à mon endroit. Boom boom.

Catégories :Anecdote