Dans ma-tête-mathique

décembre 15, 2010 5 commentaires

Au CÉGEP, après les cours de langue, c’étaient ceux de mathématiques que je préférais. J’aimais beaucoup la logique implacable des chiffres, l’impérialisme froid d’une équation, le ludisme des nombres imaginaires ou la sexyness d’une intégrale triple.

Dans la vie de tous les jours, je calcule incessamment. Sur l’autoroute, je fais des interpolations linéaires pour déterminer mon heure d’arrivée, je choisis mes soirées en fonction d’espérance de plaisir, évite des restaurants puisque j’estime la variance de la qualité trop haute.

Je ne marche pas en diagonale, je marche en hypoténuse et je juge en criss le monde qui se déplace en cathètes parce que fuck, man, après Francis Reddy, Pythagore c’est mon idole.

Parfois, quand je me sens perdu, je me dis que je suis une abscisse qui cherche son ordonnée, que j’ai besoin de revenir à l’origine. Cartésien pis cheesy de même le gars.

Je pense à l’amour et aux filles avec une approche probabiliste, mes supposés critères s’entremêlant de façon bayésienne et je me trouve un peu puéril d’être à un théorème central limite mal chié de la déprime.

Dans ma tête, j’ai ma fonction multivariée du bonheur et j’essaie fort de l’optimiser sauf que je ne sais pas si je devrais faire ma dérivée partielle sur l’argent, l’amour ou le cul.

Et puis ça, c’est un esti de drame.

Catégories :Dans ma tête

Et après?

décembre 15, 2010 6 commentaires

Je ne vous ai pas encore parlé de ma vie post-démission si ce n’est que mon petit périple juste après. Je pense avoir un plan plutôt précis (dont je vous parlerai bien un jour) pour la suite des choses et disons que ça me laisse quelques semaines off. Alors je prends ça tranquillement.

J’ai commencé par dormir des heures et des heures. Je me levais pour boire des grands verres d’eau puis me réveillais quelques heures plus tard pour les évacuer. Les rideaux fermés, mon cadran débranché, j’ai perdu la notion du jour et de la nuit pendant un genre de 72 heures où je n’ai que dormi et lu des biographies. Je n’avais plus de vie, je lisais celles des autres.

Après quoi j’ai lavé tous les moindres recoins de mon appartement en écoutant ça. Puis j’ai reclassé les livres de ma bibliothèque en ordre alphabétique d’auteur, puis en genre, puis par couleur de couverture. C’était d’un chic fou m’dame la Marquise. J’ai réparé les armoires qui ne fermaient pas convenablement et repeinturé le plafond de la salle de bain. Puis le septième jour, je me suis reposé en sanctifiant ce saint jour.

Et là, je suis rendu avec mon petit beat quotidien. Je me lève relativement tôt pour écouter Des kiwis et des hommes où Francis Reddy est fucking fumant à l’animation, genre pour vrai vrai. Après je vais marcher dehors quand la neige n’est pas trop incommodante. Je m’arrête dans un café et attrape le journal du jour que je lis en sirotant ma tasse.

Je vais ensuite dîner dans un pub avec des amis, courir aux plaines d’Abraham, me claquer Sur les traces du Père Noël en VHS ou écouter 22 chroniques d’Alexandre Barrette dans midi Morency, emmailloté dans mon couvre-lit.

Des fois je m’ennuie du monde de la job, genre Daniel ou Béatrice. J’ai beau ne pas aimer un boulot, je trouve toujours ça triste parce que tu quittes des gens que tu risques de ne plus revoir. Ça me fait penser à cet emploi d’été dans une shop de pain où je mettais des cabarets de plastiques sur un convoyeur pendant des shifts de 8 heures et où j’avais braillé comme une fillette quand l’été avait fini même si je haïssais ça pour mourir.

Pis des fois je trouve le temps long. Je pense aux personnes âgées, aux BS assistés sociaux, aux employés municipaux qui « surveillent » les patinoires et je me dis que le temps doit tellement être long, que les minutes vides doivent éroder un peu plus chaque jour. Sauf qu’il ne faut pas que je pense trop à ça parce que des fois j’ai la chienne de vieillir seul pis je me mets à paniquer, mettons.

Alors pour éviter de virer fou, j’essaie de m’occuper incessamment. J’aurais presque le goût de me trouver une jobine. Ou de m’acheter un tamagochi.

(Quand même ironique de faire un billet sur mon quotidien après celui d’hier...)

 

Catégories :Anecdote, Bilan

Parler pour rien dire

décembre 14, 2010 11 commentaires

Je trouve que l’on vit dans une ère de communication incessante. Prenez les réseaux sociaux. À longueur de journée, les gens renouvellent leur statut Facebook, publie leur dernière citation de grand cru (NOT) sur twitter en prenant soin au passage de glisser un mot sur la constitution de leur souper ou la couleur des nouvelles chaussures tellement top cool qu’ils viennent de s’acheter.

Il y a les cellulaires aussi, le textage incessant, au restaurant, au cinéma, à la toilette, au téléphone. On dit souvent que ce qui est plaisant avec les cellulaires, c’est que tu peux rejoindre quelqu’un de partout. L’ennui, moi j’vous dis, c’est qu’on peut être rejoint n’importe où.

Si je vous parle de ça, c’est que je me pose des questions sur l’impact que ça a sur les relations interpersonnelles, particulièrement de couple.

J’ai parfois l’impression que certaines filles s’attendent à ce que l’on discute continuellement, passant du téléphone au MSN aux messages textes, communiquant sans cesse du lever jusqu’au coucher. Ça m’emmerde royalement. Je me dis parfois que la vie de coureur des bois, c’était peut-être pas si mal. Vous partiez une couple de semaines ramasser du pwel en montagne pour revenir au village et vous claquer un peu de bagosse pis votre fille du roi forcément cochonne.

On dirait que beaucoup de personnes sont devenues malaisées avec le silence, ne sachant trop par où prendre la patate chaude de la quiétude. S’il y a un truc que j’aime de tous mes amis, c’est qu’on peut aller prendre une bière un soir puis que lorsqu’un sujet est épuisé, on ne dit rien pendant quelques minutes, on boit chacun une couple de gorgées en étant pris dans nos pensées, naturellement. Il y a des gens qui paniquent dans ces cas là. Lors d’une première date c’est hallucinant de voir l’angoisse du silence qui règne.

Grosso modo, je pense qu’il y a trois types de conversations qui vaillent particulièrement la peine: celles qui font rire, celles qui font réfléchir et celles qui te permettent d’apprendre ou de découvrir de nouveaux trucs. Et tout ça, ce n’est pas toujours l’apanage du quotidien, m’sieur dame.

Je ne pense pas qu’on se parle trop, c’est juste que j’ai parfois l’impression qu’on ne se parle pas des bonnes affaires, qu’on s’en tient au descriptif de sa journée. J’ai fait ça, untel a dit ça, j’ai vu ça.

J’sais pas, parle moi de la glace aux pistaches que tu mangeais quand t’étais petite, de ce qui te passionne, de ce que tu penses de l’extraction du gaz de schiste, de tes peurs, de ta grand-mère dont tu t’ennuies.

Dans le fond, j’ai pas le goût que tu me dises ce que t’as fait de ta journée. J’ai juste le goût que tu me dises qui t’es, doucement, un peu plus chaque jour.

 

La magie de Noël

décembre 12, 2010 7 commentaires

1994. Faque Noël était encore au chalet de mononcle Sylvain ct’année. D’habitude c’est tout l’temps poche Noël, ct’année encore, j’pensais ben que ça s’rait encore plate. Au début, y’avait juste papa pis mononcle qui se criaient après pis qui parlaient du référindum. Pis moi, ben moi j’sais pas c’est quoi l’référindum.

Faque j’tais assis sur une chaise t’sé, pis j’attendais qu’la veillée passe. J’checkais juste deux affaires: l’horloge pis la porte. J’guettais la porte tout l’temps. S’parce que j’espérais que mon parrain arrive. Ça fait trois ans qui pouvait pas v’nir. Maman a dit que s’parce qui travaille pour Dans l’Nord. J’sais pas sont qui Dans l’Nord mais y font chier, même si ma mère a dit que s’pas correct dire chier.

Pis là vers minuit, la porte est ouverte pis s’tait lui. S’tait tellement cool là. Y’a serré les mains de tout le monde pis y’est v’nu me parler. On a joué aux cartes pendant longtemps pis il me parlait comme une grande personne. S’pour ça que je l’aime moi, mon parrain. Pis quand il a commencé à être vraiment tard, j’t’allé m’coucher sur la pile de coat d’hiver. Ct’année, s’tait le plus hot des Noël.

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Boulevard Laurier, un samedi après-midi de décembre un peu frisquet, les voitures s’entassent lentement, bouchonnant les artères qui mènent aux divers centres d’achats. À la queue, chacun attend avec impatience la prochaine lumière verte tandis que les ondes radiophoniques regorgent de reprises de chansons de Noël. Chaque intersection est une tranchée où chacun des cloportes à 4 roues bataille pour sa parcelle d’asphalte.

Je suis dans ma voiture à l’habitacle exigu et j’attends plus ou moins patiemment de pouvoir finalement pénétrer dans le stationnement du centre Laurier. Lorsque la lumière tourne enfin au vert, j’appuie sur le gaz avec véhémence, manquant de peu renverser un piéton qui pataugeait dans la gadoue des trottoirs.

Commence alors la lutte acharnée, la recherche épique d’une place de stationnement. Les voitures se bousculent, les chauffards s’invectivent en maraudant dangereusement, c’est une ruée vers le bitume vacant qui n’est pas sans rappeler la ruée vers le Klondike. J’attends toujours, cela dit, le Lucky Luke du parking.

Garé à des fucking lieux du centre commercial, j’entreprends donc un périple en direction de l’antre du katching pis de pleins de bruits d’argent d’même. Après avoir établi campement à mi-chemin, contrer vents et marées, j’arrive finalement en terre promise de la consommation, je suis le Moise du lecteur blue ray à rabais.

Sur place, c’est la folie comme fucking furieuse. Des mères de famille spumescentes courent avec des dizaines de sacs d’achats, ce sont les hommes forts de RDS qui rencontrent la boutique TVA. Je peux sentir le champ qui émane des bandes magnétiques des cartes de crédit, j’vous le jure que je le sens. Pis j’suis sûr que c’est cancérigène, man.

Les panneaux réclames tapageurs me bombardent tandis qu’une vendeuse de jewels me zyeute comme pas une Cubaine en quête d’asile politique ne saurait le faire sur un dancefloor de tout compris dans une tentative éhontée de me soutirer quelques précieux dollars. J’vous le jure, à ce moment-là, Céline Dion qui chantait Noël en background avait des touches de psychédélismes.

La masse s’entasse dans les librairies, les disquaires, les magasins de jouets. On achète avec une fièvre orthodoxe et les magasins de bébelles à une piastre, c’est la ciboire de Mecque. Ça et là, je vois des hommes en sueurs, la jugulaire plus gonflée que la réputation de Michel Bergeron, tendre leurs mains avec voracité pour cueillir gilets de sport, coffrets DVD et jeux vidéos. J’ai comme le vertige.

Les gens sont agressifs, impatients. Ça gronde. Je ne sais pas si c’est l’air vicié de monoxyde de carbone des stationnements souterrains qui affecte les gens mais tous ont la pupille dilatée et il y a une tension feutrée qui flotte et menace. La vie est un cover de La Course aux jouets et j’ai peur de me faire décrisser par un tackle d’Arnold à chaque bout d’allée.

On joue du coude, on délie les cordons des bourses avec une hardiesse folle. Une dame atteint l’orgasme en s’emparant d’un dvd de Twilight, un p’tit homme est en extase devant une pile de LEGO, une jeune femme en transe sert un sac à main fort fort contre sa poitrine. Je passe à la caisse comme un automate, le regard un peu vide tandis que la caissière scanne machinalement jeux de ps3, bouquins, boîtes de chocolats,

Je retourne lentement à ma voiture garée tellement loin. Marche à mes côtés une fille dans la trentaine, sourire aux lèvres, qui traine des sacs de vêtements et de chaussures. Elle a l’air heureuse. C’est ça, après tout, la magie des fêtes.

Catégories :Anecdote

Toucher le fond

décembre 9, 2010 6 commentaires

Voilà plusieurs semaines que je sens que mon tube de dentifrice achève. Flétri un peu plus tous les jours, je m’évertuais un peu plus chaque matin à le taponner un peu plus pour finalement extraire un peu de liquide. Les plus intrépides adeptes du symbolisme freudien y verraient sans doute là une judicieuse allégorie du deuil phallique de la dame au vieillissant conjoint.

Je pourrais aussi vous entretenir de la métaphore du même type que la vieille plante de mon salon m’inspire, cette plante qui chaque jour s’assèche un peu, perd de son tonus et s’affaisse dans une fatalité toute newtonienne. Passons cependant.

Tout ça pour dire que ce matin, je n’ai pas réussi à sortir suffisamment de pâte de mon tube et que je suis désormais en deuil. Croyez-moi, j’ai essayé fort de le réanimer, lui prodiguant les premiers soins, effectuant un massage cardiaque, approchant ma brosse en espérant cueillir un peu de dentifrice, signe de vie. Mais non. Au moins, je l’aurai abusé jusqu’à la fin, le pressant comme le ferait un gérant avec une gamine chanteuse de Charlemagne.

Que les gens qui commençaient à croire que le titre Toucher le fond était un INCROYABLE jeu de mots pour parler du fond de mon tube de dentifrice se ravisent, il s’agissait bien plus d’une allusion au fait que niveau contenu, Opération Reboot touche aujourd’hui le fond.

FAQUE…

Catégories :Anecdote

Chercher la vulnérabilité

décembre 9, 2010 4 commentaires

Ce dont je m’ennuie le plus d’être en amour, c’est cette impression, vous savez, ce sentiment que vous avez de pouvoir enfin être complètement vous même avec quelqu’un. Je m’ennuie de cette opportunité d’être entièrement soi, d’avoir cette chance inouïe d’avoir trouvé quelqu’un avec qui vous avez le goût de vous partager dans la plénitude la plus romantique qui soit.

J’aurais le goût de ressentir cette ivresse grisante, cette folie tranquille et belle. Je voudrais être mû à nouveau de cette envie de l’abandon. Ce qui me manque le plus, c’est la vulnérabilité qui vient avec l’amour, le formidable saut que représente celui de s’ouvrir à quelqu’un.

Parce que vous aurez beau pratiquer tous les sports extrêmes du monde, sauter en parachute, rouler à des vitesses folles, rien n’égale le thrill de cette vulnérabilité là.

Les rêves retrouvés

décembre 8, 2010 11 commentaires

Il y a bien peu de choses qui soient plus vulnérables qu’un lépidoptère. Chenille, il tend à se mélanger avec son milieu en adoptant sa couleur, sa forme. Chrysalide, l’insecte est alors immobile et impuissant. Fixé à une tige et enrubanné de soie, il tente alors d’être confondu avec le feuillage ambiant.

C’est cependant à l’âge adulte, une fois papillon, que l’insecte déploie son camouflage le plus complexe afin de survivre. La pigmentation bigarrée des ailes, la précision de leur coloration ainsi que leurs formes diverses rendent le papillon difficilement repérable. Le sphinx du liseron, par exemple, se confond parfaitement avec l’écorce des arbres. Le Morpho bleu a quant à lui des ailes bleues iridescentes et une envergure de sept pouces. Le dessous de ses ailes étant sombre, le Morpho semble disparaître lorsqu’il se met à voler.

C’est ainsi qu’en se camouflant avec finesse, le papillon vivra, s’il est chanceux, quelques jours.

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Je ne savais pas où j’allais. J’ai décidé d’allé à l’Est parce que le soleil couchant dans mon rétroviseur, ben je trouvais ça crissement beau. J’ai arrêté au service à l’auto du McDo de Rivière-du-loup puis je suis reparti, mon casseau de frites entre les jambes, mon Coke diète dans le support à café, un cheese double dans la main gauche. Je mangeais en roulant à 140 sur la 20, j’sais pas, j’étais pressé d’arriver nul part.

J’ai roulé en écoutant du Oasis très fort, en chantant comme un perdu dans mon char, en ne répondant pas aux textos de mon coloc qui me demandait ce que je faisais. J’ai finalement décidé d’arrêter ma route ce jour-là à Matane où je me suis booké une chambre dans un motel crade puis suis allé me saouler dans une taverne déserte, enfilant les Jack Daniels sur un fond de The Doors. J’ai retraité à mon motel en marchant lentement, ben gorlot. Je marchais dans un tout petit quartier sans lumière, il y avait une petite brise et un ciel complètement dégagé rempli d’une quantité incroyable d’étoiles. J’ai l’impression que comme moi, c’est loin de la civilisation que la Voie lactée s’épanouit le plus.

Puis j’ai dormi 12 heures d’affilée alors que d’ordinaire, je souffre d’insomnie, ne dormant presque jamais plus de 5 heures de suite. Je me suis réveillé serein. Calissement serein. J’ai pris une brève douche puis suis allé marcher dans la ville à la recherche d’un endroit pour manger. Sans réfléchir, j’ai pénétré dans un espèce de bistro-bouquinerie où régnait une odeur de café prodigieuse. J’ai sillonné entre les diverses étagères, errant à la recherche d’un bouquin, caressant ça et là une reliure, effleurant du regard quelques quatrièmes de couverture. Et lorsque j’ai aperçu une vieille édition amochée de The Catcher in the Rye à 2.50, le sort en était jeté.

Je me suis installé au comptoir et Renée, la propriétaire des lieux, m’a refilé un café et une brioche, comme ça, sans que je lui demande. On s’est mis à jaser, elle m’a parlé de ses enfants qui ne revenaient pas souvent, je lui ai conté que je venais de crisser ma job là, elle m’a montré des photos de son mari décédé, je lui ai parlé du père que je n’ai pas. On est resté là à jaser, deux heures après la fermeture du café. Puis elle m’a invité à souper chez elle, j’y suis allé, on a bu du vin, j’ai ri à en avoir mal, ri à en pleurer, des larmes de joie oui, mais des larmes parce que je n’arrivais pas à me rappeler la dernière fois que j’avais ri comme ça aussi, un peu.

J’ai dormi sur son canapé dans son salon. Le lendemain, on a déjeuné très tôt, sans vraiment parler. Puis quand je me préparais à franchir le cadre de porte pour repartir, on s’est regardé directement dans les yeux et on s’est fait l’accolade sans rien dire. Et je suis parti, comme ça. C’était un de ces moments que la vie vous offre sans demander son reste.

J’ai ensuite pris le traversier pour aller à Baie-Comeau, puis à Tadoussac. J’ai fait faire un changement d’huile à Jonquière, j’ai longé le fleuve jusqu’à Montréal où j’ai fait une virée mémorable avec des vieux amis, je suis descendu à Sherbrooke avant de revenir à Québec, 7 jours plus tard.

Et en une semaine sur la route, on a du temps pour penser. Beaucoup de temps.

Je me suis demandé si j’avais encore des rêves. Lorsque j’étais jeune, la réponse était claire, limpide. Je rêvais de devenir journaliste sportif, de rencontrer Patrick Roy, sortir avec Sophie Aubin, marcher sur la lune, écrire un livre, changer des vies. Puis lentement, ma capacité au rêve s’est émoussée puisque je me méprends trop souvent à confondre cynisme et maturité.

J’ai longtemps eu cette conception que le bonheur serait quelque chose d’exceptionnel, une panacée qui me tomberait bien un jour dessus, que Dieu m’en enverrait une caisse à moment donné comme une batch de cailles aux Hébreux pendant l’Exode. J’ai longuement attendu ce coup de foudre, cette nouvelle passion dévorante, ce bonheur imminent que j’attendais à tout moment.

Pour le reste, je survivais, me disant qu’un jour, et bien un jour je serais heureux. J’attendais juste l’explosion, l’amour fou, la vie qui surgirait.

Et à attendre comme ça, on se confine aux lignes de côtés, on stagne, inerte et amorphe, se laissant passivement porter par le lent cours de la vie. Chuck Palhaniuk a une image que je trouve très forte pour décrire cette espèce d’atonie lorsqu’un de ses personnages dit: More and more, it feels like I’m doing a really bad impersonation of myself.

Lentement, j’ai rangé mes rêves un à un dans un placard bien scellé, avec le zèle du mec qui se dit finies les folies.J’étais comme un vieil homme qui rangeait les armes pour prendre sa retraite. Je prenais ma retraite du rêve.

Je suis devenu peu à peu le zombie que j’étais le 23 janvier lorsque j’ai commencé l’Opération Reboot, quelqu’un qui se fond dans la masse, qui remise ses désirs, les laisse prendre la poussière impunément. J’étais en apnée, fonctionnais par mimétisme, simple réflexe de survivance.

Et dans les derniers mois, dernières semaines, j’ai réalisé qu’au fond, je suis heureux. J’en parlais un peu ici, il y a tant de choses que j’aime de ma vie. J’aime les gens qui m’entourent pis j’pense que j’aime ce que je suis devenu, avec mes travers pis mes doutes mais aussi mes qualités et mon vécu. Pis même si je ne suis pas devenu l’astronaute que je voulais ou l’écrivain que j’idéalisais, ben je pense que je m’enligne pas pire pantoute comme humain

Et même si je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, que lorsque je ferme la lumière de ma lampe le soir il m’arrive de ne pas trouver le sommeil parce que j’ai la chienne de finir seul, d’échouer, je sens que les choses lentement changent, que j’entre dans une nouvelle ère

L’ère des rêves retrouvés.